Anthony de Jasay et son univers

Le 23 janvier 2019, à l’âge de 93 ans, décédait Anthony de Jasay, un « Frédéric Bastiat » de notre temps[1]. Bien que vivant en France depuis 1962 et communiquant en français pour le besoin de ses affaires quotidiennes, Jasay s’est plus fréquemment adressé à son public anglais qui était plus large que son public français. Cela, couplé à des vues anti-étatistes, peut expliquer que le travail de Jasay soit plutôt sous-apprécié dans son pays de résidence[2].

A l’instar de Bastiat à qui l’on doit des concepts comme celui du « chemin de fer négatif [3]» — une voie ferrée faite exclusivement de détours destinés, au nom de l’intérêt général, à protéger les voies et moyens de transport traditionnels — Jasay était maitre dans l’art d’aller au cœur de problèmes complexes. Même les esprits les plus difficiles à impressionner se souviendront de cette affirmation : « une constitution est pareille à une ceinture de chasteté dont la dame détiendrait la clé ». Mais un lectorat international d’érudits se souviendra de Jasay non seulement pour ses « bons mots », mais surtout comme l’auteur de livres importants explorant les relations entre l’État et l’individu.

Ceux qui ont eu le plaisir de nouer des relations personnelles avec lui garderont le souvenir d’un gentleman poli et, comme moi, chériront ce souvenir[4]. Mais ici ce n’est pas son jeune ami — qualificatif qui dans mon groupe d’âge est un concept tout relatif — qui s’adresse à vous, mais plutôt l’éditeur de plusieurs volumes de ses Œuvres complètes et le témoin des trente dernières années de sa carrière intellectuelle. Puisqu’à mon grand regret je ne suis pas francophone, j’apprécie beaucoup qu’à l’initiative de Pierre Garello mon texte initialement rédigé en anglais ait pu être traduit dans la langue maternelle de Bastiat mais aussi dans la langue de l’épouse française bien-aimée de « Tony », Isabelle. J’espère que cette traduction invitera d’autres à découvrir les écrits de ce grand philosophe du monde.

Un philosophe du monde libéral

Lorsqu’en 1953 Robert Heilbroner faisait pour la première fois référence aux « philosophes du monde »[5], c’était pour désigner les auteurs classiques de l’économie politique (Heilbroner 2011). Jasay mérite lui aussi ce titre de « philosophe du monde » non seulement parce qu’il était lui-même économiste, mais aussi parce qu’il était un philosophe politique qui avait su garder les pieds sur terre. Né en 1925 dans une famille de la noblesse terrienne hongroise, il avait entamé des études d’ingénieur agronome lorsque les communistes prirent le pouvoir. Émigré en Australie, il suit alors des cours du soir à l’Université pour apprendre l’économie tout en travaillant durant la journée. Grâce à ces cours et grâce à sa lecture des écrits d’Alfred Marshall, il obtient une bourse qui lui permet de rejoindre l’Angleterre où il deviendra quelque temps plus tard chargé de cours d’économie au Nuffield College d’Oxford. Malgré des publications dans des revues académiques de haut niveau (par exemple, Jasay 1958), les perspectives de carrière à l’époque ne répondaient pas aux aspirations de Jasay qui, en 1962, choisit de quitter l’université pour se lancer dans la banque d’investissement en France. Après son passage dans le secteur bancaire, il prend sa retraite alors qu’il n’est qu’au milieu de la cinquantaine et se fixe en Normandie pour se consacrer à ces activités intellectuelles qui l’intéressaient au plus haut point.

En 1985 il publie The State. Cet ouvrage va immédiatement faire de lui un « philosophe-économiste » libéral de premier plan (Jasay, 1998). Ce premier livre d’un « jeune homme de 60 ans » a fait l’effet d’un coup de tonnerre qui frappe à l’improviste. James M. Buchanan, qui mieux que quiconque était au fait des dernières avancées dans le domaine de la « philosophie économique », profondément perplexe de ne jamais avoir entendu parler de l’auteur d’un livre qu’il estimait de première classe, fut le premier à battre tambour[6].  En 1986, alors que je rendais visite à Buchanan alors au Center for Study of Public Choice (Fairfax, Virginie), mes oreilles auraient dû être sensibles aux multiples références faites à cet ouvrage. Malheureusement, je ne prêtais pas attention à « ce que disait l’ancien », et ce n’est que plus tard, lorsque Buchanan m’incita à faire le compte rendu du deuxième livre de Jasay — Social Contract, Free Ride : A Study of the Public Goods Problem (Jasay 1989) — que j’ai à mon tour attrapé le virus. Ce compte rendu me permit d’entretenir un contact personnel avec Jasay et, après avoir coédité ses œuvres complètes de James Buchanan (Buchanan 1999) pour le Liberty Fund[7], j’ai commencé à rassembler et éditer des articles et essais d’Anthony de Jasay pour cette même institution.

Mon propre parcours intellectuel n’a d’intérêt ici que pour expliquer pourquoi j’ai choisi de présenter la philosophie politique anti-étatiste d’Anthony de Jasay à la lumière des « fondements logiques de la démocratie constitutionnelle [8]» tels que les a posés Buchanan. En situant de la sorte Jasay sur la carte intellectuelle de la pensée politique libérale moderne, j’espère parvenir à introduire quelques-unes de ses idées essentielles tout en apportant un éclairage nouveau sur l’éternelle tension entre les idéaux d’autonomie individuelle et de démocratie ; tension omniprésente dans la pensée politique libérale occidentale.

L’anti-contractualisme de Jasay contre le contractualisme de Buchanan

Buchanan et Jasay — tous deux des « libéraux classiques » et non pas des « sociaux-démocrates » si l’on se réfère à une terminologie Etats-Unienne — sont convaincus que l’action de l’État doit être contenue. Dans la logique de Buchanan, une démocratie constitutionnelle confie conceptuellement l’autorité ultime en matière de fabrication des règles à la décision collective de tous les membres du « demos » — avec toutefois une touche individualiste. Pour Buchanan en effet un État « constitutionnellement démocratique » est légitime dans la mesure où ses règles — et les institutions étatiques qui les incarnent — ont leur origine dans un consentement unanime qui procède selon des règles, le tout dans l’ombre d’un droit de veto individuel. Dans sa critique de Buchanan, Jasay souligne que cette méthode consistant à décrire ce qui, par sa nature même, est coercitif — l’exercice du pouvoir de l’État — « comme si » cela résultait d’un consentement unanime empêche toute stigmatisation de l’action publique. Elle tend à abaisser les défenses des personnes soumises au pouvoir coercitif de l’État et ouvre ainsi la voie à l’acceptation de politiques étatiques expansionnistes.

Buchanan entend contribuer de manière constructive à l’amélioration de la « démocratie constitutionnelle » en dotant, de façon théorique, les individus d’un droit de veto, puis en exposant les conséquences pour notre évaluation des institutions étatiques d’une telle perspective démocratique qui se veut respectueuse des individus. Il pense qu’en regardant ainsi le monde politique les théoriciens — et indirectement les citoyens ordinaires — seront conduits à former des opinions politiques bienveillantes à l’égard de la protection des libertés individuelles par l’Etat tout en tenant compte de la nécessité d’une action collective en son sein.

Jasay, de son côté, pense qu’il est nécessaire de faire prendre conscience de la nature coercitive de l’exercice du pouvoir de l’État, qui n’est pas fondé sur le consentement. C’est là selon lui l’une des tâches essentielles de la théorie politique. Cultiver l’idée selon laquelle l’autodétermination individuelle est supérieure à la possibilité de prendre part à la prise de décision collective est, selon lui, la meilleure façon d’exprimer son respect pour l’autonomie individuelle. Cette tâche, ainsi que celle consistant à dénoncer les usages alternatifs de pouvoirs foncièrement coercitifs, sont les contributions premières de la philosophie politique.

Deux camps chez les libéraux

Bien que quelques universitaires, notamment Michael Munger, aient souligné les mérites et les relations étroites qu’entretiennent les approches de Jasay et de Buchanan, la plupart des libéraux engagés dans cette réflexion prend parti pour l’une ou l’autre des deux positions. D’un côté l’on retrouve les constructivistes contractualistes qui sont impressionnés par les mérites et les chances des démocraties constitutionnelles de type occidental fonctionnant dans le cadre de l’état de droit [rule of law]. A l’instar de Buchanan, ils s’attachent avant tout à justifier la structure de base et les limites du gouvernement dans une démocratie constitutionnelle. D’un autre côté, se regroupent ceux pour qui tout gouvernement « limité » a tendance à devenir illimité. Bien qu’ils souscrivent généralement à l’affirmation laconique de Buchanan « Mieux en Occident ! », ils se méfient non seulement de la possibilité que la démocratie constitutionnelle devienne illimitée — un risque dont les partisans du contractualisme à la Buchanan sont parfaitement conscients ; mais ils croient aussi pour la plupart d’entre eux — et comme de Jasay — qu’en recherchant la source du légitime, tant en théorie politique qu’en politique, dans les mécanismes de la prise de décision démocratique, on court le risque de biaiser sérieusement l’évaluation de la politique quotidienne en faveur de l’intervention gouvernementale. Ces libéraux craignent qu’en décrivant les pouvoirs des gouvernements démocratiques « comme si » ils étaient fondés sur le consentement, on ne subvertisse à long terme une attitude critique envers la coercition étatique qu’ils considèrent comme nécessaire au maintien durable d’un gouvernement limité[9]

Sur la question des mérites relatifs des vues libérales avancées par mes deux amis défunts, je suis « décidément indécis ». Avec Jasay, je partage le rejet du contractualisme en général — y compris la variante communautaire ou démocratique que Buchanan a développée conjointement avec Gordon Tullock dans leur Calculus of Consent (Buchanan et Tullock, 1962). Avec Buchanan, je reste sceptique sur les chances de succès de Jasay lorsqu’il cherche à apporter une solution au « problème des biens publics » en général et au « problème hobbesien de l’ordre[10] » en particulier en termes d’auto-assistance interindividuelle. Certes l’État, y compris sous la forme d’une démocratie constitutionnelle, peut avoir une tendance innée à transcender les règles qui lui sont imposées dans le but de limiter son action légitime, mais l’anarchie ordonnée que Jasay envisage peut elle aussi être violemment perturbée à tout moment.

Ainsi que le montre une riche littérature — aujourd’hui largement empirique[11] — les démocraties constitutionnelles occidentales ont réussi à contenir la violence dans la société, y compris la violence exercée par l’État et à travers lui, mieux que toute autre alternative organisationnelle connue. Pour autant, l’accent mis par Jasay sur le rôle des opinions qui soutiennent ou au contraire sapent les institutions politiques est d’une importance particulière compte tenu de l’accumulation de preuves en faveur de l’organisation démocratique constitutionnelle : l’observation de notre vie politique confirme qu’une reconnaissance naïve de la légitimité de la prise de décision démocratique est l’un des plus grands risques pour l’État de droit dans une démocratie constitutionnelle de type occidental. En tant qu’adeptes du mode de vie occidental, nous ferions bien d’écouter Jasay lorsqu’il nous rappelle qu’une règle démocratique de reconnaissance qui nous incite à considérer les décisions démocratiques comme intrinsèquement légitimes peut en fait se transformer en une règle de soumission qui facilite l’exercice discrétionnaire du pouvoir de l’État dans une démocratie constitutionnelle.

L’encadrement de l’État par Jasay

L’État peut être considéré comme le développement d’un argument ad hominem adressé à ses lecteurs. Considérant l’État, un réseau d’institutions, « comme s’il s’agissait d’une personne avec un esprit » (introduction à la deuxième édition), Jasay commence son livre par la question suivante : que feriez-vous si vous étiez l’État ? En répondant à la question nous aurons tendance à adopter la perspective d’un despote bienveillant. Nous commencerons à penser comme si nous pouvions fixer les règles du jeu de la vie et déplacer les individus comme des pions sur un échiquier. Bien que nous sachions tous qu’en tant qu’individus nous ne sommes pas « l’État », nous sommes enclins à songer à ce qui, dans l’idéal, serait bien ou mal comme si nous étions aux commandes et que nous pouvions faire bouger la société selon « notre » bon vouloir. Bien que nous soyons tous conscients de la remarque de Lord Acton selon laquelle « le pouvoir tend à corrompre et le pouvoir absolu à corrompre absolument », nos pensées sont corrompues par des fictions universalistes qui négligent le pluralisme dominant dans le monde réel des interactions humaines.

Dans ses écrits, Jasay s’indigne fréquemment de la sanctification de certaines opinions faisant référence à un accord universel, à des normes éthiques universelles, des droits politiques universels, etc. Mais à ses yeux, les intentions qui s’expriment à travers la fiction d’un possible consensus démocratique universel sont particulièrement dangereuses. Elles fournissent le terreau fertile dans lequel les opinions qui facilitent la croissance de l’État s’épanouiront. Et cela se fera indépendamment du fait que les gens qui ont de telles opinions croient ou non exprimer des vérités normatives objectives.

Inventer le bien et le mal

Comme la plupart des philosophes du monde, Buchanan et Jasay rejettent toute prétention à une connaissance objective du bien et du mal en matière pratique. Bien que certains de leurs adeptes autoproclamés croient aux revendications du savoir telles qu’avancées en particulier par les théoriciens traditionnels des droits naturels, pour Buchanan et Jasay les normes du bien et du mal, du bon et du mauvais, etc. ne sont pas des caractéristiques de l’univers qui peuvent être « découvertes » par les méthodes habituelles de l’enquête[12].  De plus, même si certaines personnes peuvent être convaincues que certaines formes institutionnalisées de comportement devraient exister, ni la conviction ni la prétention sous-jacente à la connaissance ne suffira à apporter dans le monde les expressions comportementales de cette « connaissance prescriptive »[13]. Comme Jeremy Bentham l’a dit laconiquement dans sa discussion sur les « erreurs anarchiques »: « La revendication d’un droit n’est pas plus un droit que la faim n’est du pain. » (Bentham 1843)

Pensons à l’exemple familier des règles de circulation. Historiquement, les gens sont tombés sur des conventions locales concernant le droit de passage sans être guidés par une connaissance préalable du « bon ‘droit de passage’ ». Sans surprise, jusqu’à la fin du XVIIIème siècle, l’Europe a été un patchwork de municipalités et de régions où, pour certaines d’entre-elles, la conduite à droite était accidentellement devenue « la bonne chose à faire » alors que dans d’autres localités, les gens devaient conduire à gauche selon les pratiques locales établies. Compte tenu de cette diversité, Buchanan et Jasay admettraient tous deux que l’« harmonisation » des règles a des effets positifs, mais rejetteraient une « imposition napoléonienne » de règles uniformes, même si c’est pour des raisons sensiblement différentes.

Le critère d’unanimité tel que l’utilise Buchanan suppose qu’un changement de règles ne puisse être légitime que dans la mesure où il améliore la situation de tous. Pour ce faire, on doit être en mesure de compenser les coûts de la transition vers la nouvelle règle qui incombent à ceux qui doivent changer leurs habitudes[14]. Cependant, cette exigence d’une compensation permettant d’atteindre, suite à un changement de règles, un état Pareto-supérieur (c’est-à-dire, dans lequel le bien-être de chacun est amélioré par rapport à la situation engendrée par la règle précédente) appelle une justification. Il semble bien ici que Buchanan, bien qu’adepte autoproclamé des conceptions hobbesiennes de l’état de nature, impose ses contraintes contractuelles pour l’établissement de règles légitimes, en contradiction avec sa propre hypothèse hobbesienne selon laquelle, avant l’ascension de l’ordre social aucune contrainte normative n’existait (Buchanan 1975).

D’un point de vue relativiste, la règle par laquelle Buchanan entend accréditer les productions de lois et de règlements constitutionnellement démocratiques n’est pas une convention qui serait endogène au jeu de pouvoir hobbesien. En tant que contrainte universelle, elle s’apparente davantage à un équivalent fonctionnel de la loi naturelle. Contrairement à une pluralité de « règles locales », elle s’apparente plutôt à l’imposition napoléonienne, de l’extérieur, d’une contrainte uniforme sur tous les droits de passage.

Pour Jasay, il ne saurait y avoir d’interdiction d’agir fondée sur des règles si ce n’est en présence de conventions de comportement ou d’institutions « créées par les hommes » qui forgent ces obligations par prudence à l’égard des comportements habituels de sanction. Les individus qui recherchent l’« harmonisation » peuvent y parvenir sans l’Etat et le feront le plus souvent pacifiquement sous la menace d’une violence « localisée ». Contrairement à Buchanan et contre l’esprit de notre temps, Jasay ne peut concevoir aucun acte comme intrinsèquement mauvais. Y compris des actes violents d’auto-défense par lesquels les humains trouvent en général les moyens de domestiquer la violence par la violence. Anticipant une vaste et récente littérature économique expérimentale sur ce que l’on appelle la « punition altruiste », Jasay a souligné que l’ordre social émerge lorsque les gens parviennent à coordonner leurs réponses rétributives — souvent violentes. En cas de succès, une telle coordination rendra le recours à la violence imprudent par la menace de représailles violentes.

Pour Jasay, la violence peut être à la fois la maladie et le vaccin (Jasay 2001). L’auto-défense violente à laquelle a recours la victime, selon un code d’honneur contextuellement « localisé », peut se manifester instantanément et réduire la violence plus efficacement que ne le feront des sanctions administrées de façon centralisée qui interdisent de se faire justice de ses propres mains. Bien qu’il semble que Jasay — comme chacun d’entre nous — ait sous-estimé à quel point la violence a diminué dans les sociétés organisées par l’État (Pinker 2012), l’accent qu’il met sur l’auto-assistance et le rôle de la rétribution dans la création d’un ordre social reste à prendre en compte pour les temps à venir[15]. Pour Jasay, les gens peuvent faire bien plus sans l’aide de l’État que ne le supposent les classes bruyantes. Il pense que se référer avec franc-parler à des « opinions d’intérêt » peut finalement conduire à des résultats plus bénéfiques pour l’épanouissement de l’être humain que le discours ambiant qui se réfère à des « opinions sur les droits ».  L’universalisme éthique est une illusion, tout comme l’est son substitut, le consentement universel. Les valeurs sont plurielles, tout comme les conventions qui sont les créations des individus. En donnant aux menaces mutuelles de violence un rôle essentiel dans le jeu de pouvoir qui conduit à la création d’un ordre, Jasay — en opposition flagrante avec les fondements normatifs que Buchanan cherche pour la démocratie constitutionnelle — a mené l’anti-normativisme et le rejet des droits naturels de Hobbes à leur conclusion logique. 

En guise de conclusion

La toute dernière chronique mensuelle d’Anthony de Jasay pour la Library of Economics and Liberty éditée par le Liberty Fund avait pour titre : « Il n’y a pas de droits naturels »[16]. Il y parle des droits faits de la main de l’homme et de leurs relations avec la fiction contractualiste qui peut façonner les opinions de telle sorte qu’elles se retournent contre l’ordre social libéral. Presque exactement un an plus tard — aveugle, mal entendant, souffrant d’une santé chaque jour plus fragile et perdant le contrôle de l’un de ses bras — il gardait une pensée claire. Pour longtemps encore, tous, y compris ceux qui à l’image de l’auteur de ces lignes n’adhèrent pas à toutes les idées d’Anthony de Jasay, pourront tirer grandement profit d’une réflexion sur la pensée de ce bel esprit.

Références :

Pages web particulièrement pertinentes

https://www.econlib.org/articles-by-author-and-letters/?selected_letter=J#AnthonydeJasay
https://libertyfund.org/books?author_reversed=Jasay%2C+Anthony+de
https://www.independent.org/publications/tir/toc.asp?issueID=82
https://www.libertyfund.org/

Publications imprimées

Acemoglu, D., & Robinson, J. A. (2013), Why Nations Fail: The Origins of Power, Prosperity and Poverty (1st ed.), London: Profile Books.

Bentham, J. (1843), Anarchical Fallacies, J. Bowring, (ed.) (Vol. 2). Edinburgh: William Tait.

Bouillon, H., & Kliemt, H. (eds.), (2007). Ordered Anarchy. Jasay and his surroundings, Hampshire/ England: Ashgate Publishing Limited.

Buchanan, J. M. (1975), The Limits of Liberty, Chicago: University of Chicago Press.

Buchanan, J. M. (1999), The collected works of James M. Buchana, Indianapolis, IN: Liberty Fund.

Buchanan, J. M., & Tullock, G. (1962), The Calculus of Consent. Ann Arbor: University of Michigan Press.

de Jasay, A. (1958), “Making Currency Reserves ‘Go Round’,” Journal of Political Economy, 66(4), 353–356.

de Jasay, A. (1989). Social Contract – Free Ride. A Study of the Public Goods Problem, Indianapolis: Liberty Fund.

de Jasay, A. (1998), The State, Indianapolis: Liberty Fund.

de Jasay, A. (2001), “Violence: the disease and the vaccine,” Institute of Economic Affairs, 21(1).

de Jasay, A. (2002). Justice and its Surroundings, Indianapolis: Liberty Fund Inc.

Heilbroner, R. L. (2011), The worldly philosophers: The lives, times and ideas of the great economic thinkers, Simon and Schuster.

Hobbes, T. (1682), Behemoth or The Long Parliament (Tönnies, Ferdinand.), Chicago: Chicago University Press.

Hume, D. (1985), Essays. Moral, Political and Literary, Indianapolis: Liberty Fund.

Kliemt, H. (1993), “On Justifying A Minimum Welfare State,” Constitutional Political Economy, 4(2), 159–172.

Letwin, S. R. (1997), The Gentleman in Trollope: Individuality and Moral Conduct (Common Reader ed edition.), Pleasantville, N.Y.: Akadine Press.

Mackie, J. L. (1977), Ethics. Inventing Right and Wrong, Harmondsworth.

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Mokyr, J. (2002), The Gifts of Athena, Princeton and Oxford: Princeton University Press.

North, D. C., Wallis, J. J., & Weingast, B. R. (2013), Violence and Social Orders: A Conceptual Framework for Interpreting Recorded Human History (Reprint.), Cambridge et. al.: Cambridge University Press.

Parsons, T. (1968), “Utilitarianism. Sociological Thought,” in D. Sils & R. K. Merton (Eds.), International Encyclopedia of Social Sciences. New York und London.

Pinker, S. (2012), The Better Angels of Our Nature: Why Violence Has Declined (Reprint.), New York Toronto London: Penguin Books.


[1]     Le parallèle est fait par David Hart qui œuvre pour rendre les travaux de Bastiat plus accessibles à une audience internationale largement anglophile et qui a également pendant de nombreuses années édité une chronique mensuelle de Jasay sur le site du Liberty Fund, http://bit.ly/2mi3cf9.

[2]     Le climat politique et intellectuel en Allemagne est également plutôt hostile aux idées libérales. Il y a cependant plusieurs traductions d’écrits de Jasay en langue allemande. Il y a de même plusieurs traductions en italien et en espagnol alors qu’à ma connaissance on ne compte qu’une traduction en langue française : le premier ouvrage de Jasay, L’Etat.

[3]     In Sophismes économiques, Chap. 17. http://bit.ly/2mo97zt.  

[4]     Un gentleman tel qu’on le trouve décrit dans les œuvres du romancier préféré de Jasay, Anthony Trollope, et qui fait l’objet d’une discussion par Shirley Letwin (Letwin, 1997).

[5]     NDLR : Le titre exact de son fameux ouvrage est The Worldly Philosophers : The Lives, Times and Ideas of the Great Economic Thinkers, traduit en français sous le titre Les grands économistes.

[6]     Michael Munger, dans un bel hommage à de Jasay, a parfaitement résumé l’appréciation exposée dans les écrits de Buchanan. http://bit.ly/2kpaGwl. . 

[7]     Une fondation américaine dont l’objet est de rendre la pensée libérale accessible à travers la publication d’ouvrages (ouvrages publiés également dans un format numérique accessible sur l’Internet) et de prolonger l’examen critique de la pensée libérale par le débat. Voir https://libertyfund.org/ .

[8]     Sous-titre du fameux ouvrage de Buchanan et Tullock (1962).

[9]     “The power of the mighty hath no foundation but in the opinion and belief of the people.” (Hobbes (1682/1989), p.16).

[10]   Baptisé ainsi par Parsons (1968).

[11]   Voir par exemple North et al. (2013) ou Acemoglu et Robinson (2013).

[12]   Le titre d’un grand traité moderne est Ethics — Inventing Right and Wrong (J.L. Mackie, 1977).

[13]   Pour un concept de « connaissance prescriptive » qui soit à la fois proche mais distinct, voir Mokyr (2002)

[14]   La chose est intéressante si l’on considère les perdants suite à des innovations, des changements technologiques, les échanges internationaux, etc. Le contrat social tel que le conçoit Buchanan est basé sur l’hypothèse plausible qu’avec des règles appropriées en place, les pertes et gains espérés par des groupes impactés différemment s’équilibreront le plus souvent au cours d’une vie. Cependant, lorsque tel ne sera pas le cas, la constitution — plutôt que la politique quotidienne — devrait fournir les impôts et subventions permettant de compenser. Ces aides devraient autant que possible prendre la forme d’une « aide populaire » (demogrant) ou d’un « revenu de base ». Voir pour les détails Kliemt (1993).

[15]   Voir John L. Mackie (1982).

[16]   http://bit.ly/2kn4jtq

Hartmut Kliemt est un économiste philosophe libéral qui a publié une centaine d’articles dans des revues avec comité de lecture portant sur la théorie des choix, la théorie des jeux et l’éthique appliquée et (co) édité les Œuvres complètes de James M. Buchanan et d’Anthony de Jasay pour le Liberty Fund, Indianapolis.