de Serge Schweitzer

Presses Universitaires d’Aix-Marseille, 2025, 220 pages

Au cœur de libertés

Le dernier volume de la trilogie consacrée au libéralisme, réalisé par Serge Schweitzer, mérite toute l’attention de ceux qui s’intéressent aux idées politiques, à l’analyse économique et à la place qu’y occupe le libéralisme. Il ne s’adresse pas qu’aux convaincus mais aussi à ceux qui cherchent à comprendre les fondamentaux d’un tel sujet. L’ouvrage est à nos yeux une réussite : l’art de la synthèse y côtoie des analyses savantes et cultivées. Il se caractérise par une hauteur de vue façonnée par la maîtrise historique et doctrinale du sujet. L’objectif consiste à défendre de façon raisonnée et argumentée l’idée selon laquelle le libéralisme est une science (objet, méthode, finalité) que l’auteur qualifie, dans les pas du doyen Alfred Jourdan[1], de « science de la liberté »[2].

De façon très construite, il explique avec clarté pourquoi le libéralisme, trop souvent décrié (cf. les volumes I et II)[3], doit en réalité être perçu non pas comme une idéologie mais comme une science à part entière ; celle qui s’intéresse aux liens qui unissent la liberté, la raison, la science et le progrès. L’ouvrage est servi par un style clair et vivant, accessible au grand public comme aux initiés. Il peut être qualifié de livre de poche au sens noble du terme car il est d’un volume et d’un prix apte à le consacrer comme compagnon de marche ou de transport urbain (220 pages pour 15 €, soit 7 centimes la page). C’est bien peu par comparaison à la plus-value réalisée sur capital humain. Car une fois lu dans son entier, le lecteur gardera en mémoire comme l’écho d’un principe Kantien : « Agis et décide d’après la maxime qui fait que ton action soit respectueuse des libertés, les tiennes et celles d’autrui ». Sous la plume de l’auteur, cela donne plus précisément : « Le libéralisme est la discipline qui se donne pour objet d’élucider pourquoi la liberté n’est pas seulement une valeur conforme à la nature dont l’humanité a été dotée, mais une solution aux multiples réponses jamais taries » (p. 79)

Penser le libéralisme autrement

Au terme d’un processus fructueux et ambitieux, Serge Schweitzer propose un changement de paradigme dans l’approche de ce sujet qu’il maîtrise avec brio. Il annonce cette perspective comme son « Eurêka ». Le libéralisme ne serait pas qu’une doctrine parmi d’autres nourrissant immédiatement des finalités pratiques ou opérationnelles. Une vision juste du libéralisme, selon lui, doit conduire d’abord à se débarrasser des préjugés pour placer la liberté au cœur des modèles d’analyse. La matrice générale proposée convoque l’économie, le droit et la sociologie lato sensu. On y ajoutera aussi ici une dose de philosophie, là d’histoire et de science politique ainsi que des références éparses aux sciences dures, fondamentales ou appliquées (incidences des ruptures technologiques sur l’économie). Ajoutons-y aussi un peu de psychologie. Dit autrement (et selon nous), il s’agit pour l’auteur de placer la « science de la liberté » dans une perspective anthropologique mais en mettant l’accent sur l’échange économique, qu’il soit monétisé ou non (c’est-à-dire, comprenant l’économie dite « non-marchande »). Si le propos est profondément ancré dans la pensée de l’école autrichienne (Menger, Hayek, Mises, Kirzner…), l’auteur invite instamment à relire Gary S. Becker pour susciter cette approche transversale qui doit conduire à mieux comprendre la rationalité de l’action humaine (praxéologie).

Il s’en déduit quelque chose d’essentiel qui devrait conduire tout décideur – et spécialement politique – à la plus grande humilité dans son ambition de modeler la réalité. Le point de départ est le suivant. L’ensemble des phénomènes économiques et sociaux repose d’abord et avant tout sur les choix individuels de chaque acteur, qu’il est certes possible d’étudier et d’agréger pour dégager une vision d’ensemble. Mais l’école autrichienne, dont l’auteur se revendique sans détour, met au cœur de son analyse la démarche et les choix de l’individu et donc l’analyse subjectiviste qu’il perçoit comme la plus respectueuse de la nature de l’être humain. Il se déduit de ce primat de la micro-économie que, pour comprendre et admettre les phénomènes sociaux tels qu’ils sont réellement et concrètement, il convient d’appliquer et de mettre en œuvre l’individualisme méthodologique, c’est-à-dire des principes d’analyse éprouvés mais trop souvent occultés. C’est en effet adopter une attitude scientifique humble et lucide que d’admettre que les comportements humains reposent sur des grilles de préférence trop imprévisibles et multiples pour qu’ils puissent faire l’objet d’un modèle général et désincarné afin de faire valoir des concepts collectifs. Accepter la diversité et l’imprévisibilité participe des fondements profonds du libéralisme. En cela, les modèles explicatifs ou directeurs – de type holistes – sont suspects voire dangereux. L’individu possède une part d’imprévisibilité, ce qui n’exclut pas la rationalité de ses choix. Penser de façon abstraite en considérant que l’Homme n’est « que » le produit de son milieu et de son environnement[4]  fait le lit des approches strictement structuralistes et des systèmes de pensées abstraites qui conduisent, ensuite, à des dogmes. Ceux-ci glissent alors vers la négation de la réalité des faits, mettant en danger la dignité humaine ou entrainant les décideurs publics vers des solutions risquées pour l’économie (planifications) et le respect des individus eux-mêmes (tentation de modeler l’homme nouveau).

Voilà pourquoi, d’emblée, l’auteur critique les modèles macro-économiques, construits sur des agrégats d’informations empiriques qui leur donnent, souvent, une apparence scientifique. Cette apparence comporte le risque de tromper les décideurs politiques attirés par la facilité de solutions toutes faites et dogmatiques. Dans une perspective philosophique, la matrice de pensée est wébérienne quant à l’appréhension des rapports entre les sciences dites « dures » et les sciences humaines dont il faut, on le sait, accepter le caractère historique et changeant[5]. Rapporté au propos de l’auteur, celui-ci met en garde contre la tendance contemporaine qui consiste à faire croire que l’économie, en tant que science humaine, pourrait s’assimiler à partir de modèles mathématiques pour élaborer des constructions abstraites. Bref son ouvrage présente le libéralisme comme l’antidote aux dogmes constructivistes et déshumanisants. 

Climax de la trilogie

À nos yeux ce volume III constitue le climax de la « trilogie de Schweitzer ». Il suffit de s’intéresser au libéralisme ou, plus simplement, de souhaiter un bain de culture économique, pour faire partie du public cible de cet ouvrage. Point ultime de la progression de sa pensée, l’ambition est de soutenir et d’étayer l’idée que le libéralisme est en soi une science dont l’objet est la liberté elle-même. Là est le point d’Archimède de la démarche entreprise. À notre avis, si ce volume trois est la continuation logique des deux autres, il peut aussi être lu séparément ou isolément. Voire relu plusieurs fois car bien des phrases sont d’une telle richesse qu’elles autorisent des lectures de plusieurs niveaux (découvertes, approfondissements, perspectives). Certaines ont la force de mantras ou, plus modestement, d’adages qui marquent l’esprit. C’est pourquoi, sans épuiser le stock, nous en mettons une quinzaine en exergue à l’issue de cette recension (cf. infra). L’ouvrage est d’autant plus efficace que sa structure se révèle fort pédagogique.

La première partie est une synthèse critique des questions générales du libéralisme. Sont passées en revue avec pertinence les raisons profondes qui expliquent la plus grande méfiance des libéraux à l’égard de la macro-économie (cf. supra) et les théories de l’équilibre général de l’économie (modèle Walraso-Paretien versus Keynésianisme) qui permettent de comprendre, au passage, la pente interventionniste des États sociaux-démocrates. Sont abordées aussi les doctrines opposant les systèmes « épistémiques » (i.e. intégrant l’imagination des agents dans la construction de leurs choix) et les systèmes « déterministes » (i.e. niant la part de liberté de ceux-ci puisque conditionnés par leur milieu et leur environnement). Pour un non spécialiste, la lecture de ces pages pourrait laisser penser que le sujet dépasse l’économie pour croiser la philosophie voire la métaphysique. En réalité, l’angle de la présentation est combinatoire et certains questionnements s’avèrent vertigineux. Ainsi : l’avenir est-il écrit (déterminé) ou l’imagination qui préside aux choix rationnels des agents le rend nécessairement indéterminé ? La question est décisive car elle conditionne les efforts théoriques pour tenter d’appréhender la question de l’équilibre général de l’économie. Sur ce point précis, la façon dont est présentée le triptyque de Shackle est passionnante (time, knowledge, novelty). On apprend beaucoup en peu de pages. Le ratio temps de lecture/accès au savoir est maximal.

Ces questions générales traitées, l’auteur aborde ensuite des sujets plus particuliers mais néanmoins décisifs, à savoir ceux relatifs aux taux d’intérêt, aux cycles économiques et à la gestion de la monnaie. Ces questions sont bien connues des spécialistes et fortement débattues. Elles sont abordées dans ce chapitre mais en combattant les idées reçues ; la synthèse reste critique et performante. S’agissant du taux d’intérêt, Serge Schweitzer insiste sur le fait qu’il ne s’agit pas du prix de la monnaie mais du prix de l’attente (i.e. le prix du temps), autrement dit, la compensation du sacrifice immédiat par rapport à la valeur espérée et à la satisfaction d’un besoin dans un futur éloigné (Ludwig von Mises). C’est ici le domaine des préférences temporelles des acteurs des marchés financiers. Ce rapport au temps apparaît aussi important pour l’économie qu’il l’est pour la relativité générale dans le domaine des sciences physiques. S’agissant des cycles économiques, souvent accompagnés (voire aggravés) par l’intervention de l’État, l’auteur revient sur la conception autrichienne et celle de Hayek. Il admet bien évidemment que le marché peut produire des erreurs (puisqu’il est le résultat de décisions individuelles) mais il insiste sur la manipulation (artificielle) des taux d’intérêt et sur le rôle néfaste de la gestion de la quantité de monnaie par les États. Les cycles économiques dans l’histoire sont porteurs d’enseignements pour comprendre aussi les temps présents. S’agissant précisément de la qualité de la gestion de la monnaie, Friedman est notamment convoqué pour rappeler qu’une gestion saine et prudente du sujet devrait conduire à ne pas décorréler la masse monétaire et la croissance prévisible du PIB. Les réflexions sur la concurrence monétaire, les dévaluations et les cryptomonnaies invitent le lecteur à des projections contemporaines qui donnent, non pas des réponses toutes faites, mais des clefs de compréhension ou d’analyse.

Le rappel des fondamentaux et le traitement de ce triptyque (intérêts, monnaie, cycles) permettent au lecteur d’aborder, avec les connaissances pertinentes, le point culminant de la pensée de l’auteur : le libéralisme comme science de la liberté. Là encore, la construction repose sur trois piliers principaux et non exclusifs : l’économie, le droit et la sociologie. La question juridique ayant été développée en particulier dans le volume II[6], l’auteur y revient un court instant pour rappeler le rôle régulateur du droit qu’il admet et approuve mais dans le respect des fondamentaux du libéralisme (liberté, responsabilité, propriété). La retenue de l’intervention de l’État lui apparaît comme une nécessaire évidence. Suivant la praxéologie qu’il met en œuvre, il en déduit que « l’économie s’occupe du pourquoi de nos actions, le droit du comment ». Entre les deux est convoquée la sociologie, et en particulier l’individualisme méthodologique tel que défendu par Raymond Boudon ; celui-ci est construit autour du modèle rationnel général (MRG). Ce retour vers Raymond Boudon est essentiel pour l’auteur ; on doit le remercier de rallumer la flamme de l’intérêt pour ce grand sociologue. Cette méthodologie est détaillée, explicitée et lui permet de conforter la place de la raison pour comprendre le comportement des agents. Sur le plan ontologique, elle est capitale puisqu’elle fait prévaloir la conception de l’homme rationnel sur celle asservissante de l’ « animal laborans » (Marx)[7]. La perspective pluridisciplinaire (bien qu’orientée sur l’économie) lui permet de plaider en faveur de l’unification des sciences humaines autour du libéralisme.

En définitive, on retiendra ceci. Le libéralisme est présenté comme l’instrument du progrès parce que l’entrepreneur, en tant qu’agent constitutif de l’économie, prend des risques assumés, s’adapte, s’appuie sur l’innovation technologique (i.e. la science), procède par micro-ajustements pour corriger ses erreurs, combat la rareté par la production et l’échange. Le rapport à la science est central car consubstantiel à la réalisation du progrès. S’ensuit toute une série de réflexions sur le défaut d’optimisme contemporain, la vision eschatologique du monde et les dérives complotistes, le poids des médias et des intellectuels pour construire une explication des phénomènes sociaux de façon abstraite et éloignée de la réalité. L’auteur invite cependant à l’optimisme une fois compris les effets positifs du libéralisme.

Libre critique en conclusion

Serge Schweitzer a foi en la liberté. C’est son credo. Il souhaite convaincre. Mais en tant que libéral, il admet aussi la libre critique, le débat d’opinion et le chemin des idées. Son ouvrage relève du domaine de la philosophie politique ; il est passionnant et constitue une mine à réflexions. Plusieurs viennent immédiatement à l’esprit. On relèvera d’abord qu’il propose une matrice de pensée et non des solutions toutes faites pour l’ensemble des problèmes économiques et sociaux qui se posent. Ce n’est pas le but de ce livre. Pour autant, bien des réflexions sont ancrées dans le présent (incidences de l’IA par exemple dans la construction de modèles économiques). D’autres résonnent spontanément en écho avec des sujets contemporains qui invitent à les aborder à la lumière de l’analyse proposée. Tel est le cas de la montée des protectionnismes fiscaux (Etats-Unis), de la montée des complotismes (obscurantisme moderne) ou encore des tentations irrépressibles du recours à la planification (ex. fin de la vente des moteurs thermiques d’ici 2035 dans l’UE). Au lecteur de cultiver son esprit critique avec les outils dont il dispose.

Pour notre part, la lecture de ce livre fait naître l’envie de prolonger la discussion avec l’auteur. Cette envie atteste du fait que sa trilogie reste ouverte sur l’avenir pour ne plus lui appartenir totalement. Quelques exemples immédiats, volontairement limités à cinq questionnements, viennent à l’esprit.

1) La question de la dignité de la personne découle-t-elle uniquement du triptyque liberté/responsabilité/propriété ? Ou est-elle un pilier transversal qui conduit à admettre une dose nécessaire d’intervention de l’État pour la faire respecter. Et si oui, jusqu’où mettre le curseur pour laisser une place à la morale, à l’éthique[8] et peut-être une dose raisonnable de solidarité ?

2) Mettre en avant les liens entre la raison, la science et le progrès pour défendre le caractère progressiste du libéralisme mérite attention. C’est certain. Cela fait longtemps que l’idée même de progrès est délaissée[9]. Pour autant, ne faudrait-il pas s’entendre sur la notion même de progrès ? L’innovation technologique dépend de ce que l’on en fait : le « solutionnisme » technologique possède ses propres limites. Nous serions, par exemple, sur ce sujet précis, plus prudents sur la thématique de l’homme augmenté (transhumanisme) précisément parce que cela interroge aussi la dignité de la personne.

3) Les liens entre le libéralisme et le capitalisme, la place des monopoles, la montée des oligarchies et leur emprise sur les systèmes politiques démocratiques ou non (cf. le capitalisme d’État) constituent peut-être autant de sujets dont le lecteur aimerait spontanément tirer le fil enroulé dans l’actualité immédiate. Comment dans ce cas mobiliser la méthode d’analyse proposée, au demeurant très ancrée sur le modèle entrepreneurial originel (A. Smith) ?

4) La distinction entre le domaine de l’économie d’une part, comme relevant de l’identification du « pourquoi » et du Droit, d’autre part, comme relevant de l’identification du « comment », peut-elle être aussi nette ? En effet, les agents ne tiennent-ils pas compte aussi, dans leurs choix, des conséquences juridiques, que celles-ci soient dérivées de l’application du droit spontané ou du droit légiféré ? Distinguer l’amont de l’aval sur un tel sujet invite (peut-être ?) à une approche plus poreuse des disciplines (sciences économiques nexus sciences juridiques)[10].

5) Enfin, le changement de paradigme proposé par l’auteur (celui d’appréhender le libéralisme comme un science ouverte et pluridisciplinaire) ne présente-t-il pas le risque de déplacer le centre de gravité de l’analyse économique vers des dimensions philosophiques plus larges et éthérées ? Voire inflammables ? En guise d’illustration passée, on se souvient de Sartre défendant l’existentialisme et accusé violemment par ses camarades communistes d’être un sous-marin du libéralisme[11]  (ce à quoi Serge Schweitzer explique dans l’ouvrage qu’il ne put en être).

Finalement, il importe peu d’être d’accord sur tout avec l’auteur. Ce qui compte, c’est que dans le sillage d’Alfred Jourdan, notamment, la liberté puisse être présentée de façon construite et argumentée comme une science (ou à tout le moins un objet scientifique intégral). L’essentiel est ici. On finit alors par regretter le format de la trilogie. Sauf si l’on considère que cet ouvrage n’est que le troisième et qu’il en appelle d’autres. En réalité, ce que nous transmet Serge Schweitzer est un héritage de foi et de pensée que le présent ravive. Celui-ci nous alerte sur la chose suivante. La période troublée que nous traversons, celle du chaos informationnel, de l’abaissement de la valeur des savoirs et du retour des guerres d’empires, doit nous inviter à penser la liberté – le singulier englobant le pluriel – quel que soit le système dans lequel l’être humain est amené à évoluer. C’est une question de responsabilité. A ce stade, il serait possible de terminer par une citation de l’auteur, l’ouvrage étant émaillé d’aphorismes bien ciblés. Choisissons plutôt de relayer en contrepoint et en ouverture lumineuse, ce qu’écrivait Camus, avec sa propre orientation et sensibilité : « La vérité est mystérieuse, fuyante, toujours à conquérir. La liberté est dangereuse, dure à vivre, autant qu’exaltante. Nous devons marcher vers ces deux buts…»[12].

Annexe : Quinze citations courtes qui méritent attention, réflexion et discussion

1 – « L’échec du keynésianisme siège essentiellement dans l’idée que l’économie est une sorte de circuit analogue à une raffinerie de pétrole. »

2 – « La micro-économie, c’est l’école de l’humilité. La macro-économie, c’est la tentation d’Icare, et simultanément l’acte de Prométhée. »

3 – « Plus un modèle est raffiné, et contrairement à ce que pense certains, moins il devient opératoire. »

4 – « L’idéologie est la position de celui qui prétend bâtir un homme nouveau débarrassé de la nature dont il a été doté. »

5 – « L’analyse économique a pour territoire le lien entre l’éternelle nature humaine et les conséquences que cela entraîne dans ses modes de choix. »

6 – « Mais en économie (…) [s’]il ne devait y avoir que des réussites (…) cela signifierait que la liberté, la subjectivité, la prise de décision solitaire sont évincées. »

7 – « Comment se peut-il qu’un fonctionnaire soit une sorte de Nostradamus des marchés ? »

8 – « L’entrepreneur prend des risques, certes, mais il est, peut-être plus que tout, un réducteur d’incertitude. »

9 – « Dans l’intervention de l’État, aucune barrière n’arrête les mauvaises décisions. »

10 – « La référence à l’individualisme n’est pas évidemment une apologie de l’égoïsme. »

11 – « Le problème du décideur est de voir juste tout en voyant à sa manière. »

12 – « La concurrence sur le marché des idées immunise contre les idéo-virus. »

13 – « La rhétorique des droits collectifs transmet en réalité à l’État la mission de façonner un individu, d’abord, et exclusivement faisant partie d’un groupe. »

14 – « Les individus parce qu’ils doivent gagner leur vie, vaincre la rareté avec les moyens mis à leurs dispositions, ont acquis un savoir spécifique nécessaire pour leur activité particulière. »

15 – « La croyance en la planification impérative n’a plus un seul supporter dans la communauté des économistes professionnels universitaires. »


[1]    Cf. L’édito de P. Garello, 21 juin 2024 : https://rebrand.ly/189fbqt.

[2]    « L’économie politique est la science de la liberté appliquée à l’industrie humaine », in. J.-Y. Naudet, Une histoire des économistes d’Aix-Marseille, PUAM 2024, p. 78, spéc. p. 87. – On rappellera qu’Alfred Jourdan était juriste. Il fait partie de ceux ayant ouvert la voie à l’économie politique enseignée dans les Facultés de droit. A ce sujet, v. S. Schweitzer et L. Floury, Droit et économie : un essai d’histoire analytique, PUAM, 2015.

[3]    Le libéralisme : autopsie d’une incompréhension (PUAM, 2023, 142 p.) et Le libéralisme : fragment d’une reconsidération (PUAM, 2024, 150 p.)

[4]    L’auteur ne nie bien évidemment pas que l’environnement et le milieu puissent exercer une influence sur le comportement du ou des agents.

[5]    Max Weber, Essai sur la théorie de la science, Paris, Plon 1965.

[6] https://journaldeslibertes.fr/article/le-liberalisme-fragments-dune-reconsideration-de-serge-schweitzer-que-lechange-soit/

[7]    Sur la distinction animal rationale/animal laborans dans la pensée marxiste, v. H. Arendt, La crise de la culture : la tradition de l’âge moderne, éd. Gallimard, Folio Essais, p. 34 ;  adde : La condition de l’homme moderne (1958), Livre de poche, biblio essai, éd. 2020, spéc. p. 70.  Arendt écrit ceci : selon Marx, « l’homme créé par le travail (et non par Dieu), le travail (et non la raison) distinguant l’homme des autres animaux, ne fut que la formulation radicale et logique d’une opinion acceptée par l’époque moderne tout entière ».

[8]    Cf. la doctrine d’A. Jourdan, rapportée par J.-Y Naudet, op. cit.

[9]    E. Klein (2003), « Que reste-t-il de l’idée de progrès ? », in Les cahiers du MURS , n°41, 1er semestre. Téléchargeable à : https://rebrand.ly/lay9phv

[10]   Des éléments de réponse se trouvent sans doute dans la disputatio entre juristes et économistes relative au rôle surplombant de l’analyse économique du droit (AED) qualifiée par certains d’impérialisme scientifique. Sur ce débat passionnant, v. Droit et économie : un essai d’histoire analytique, préc. p. 121.

[11]   Cf. la vive discussion entre Sartre et Naville, à l’issue de la conférence « L’existentialisme est un humanisme » (Paris, 29 oct. 1945), Gallimard, Folio Essais, 1996.

[12]   A. Camus, Discours de Suède, Gallimard, Folio, 2017, p. 20.

About Author

Alexis Bugada

Alexis Bugada est agrégé des facultés de droit (droit privé et sciences criminelles). Professeur à la Faculté de droit et de science politique d’Aix-Marseille Université, il y dirige le Centre de droit social. Il est l’auteur de nombreuses publications en droit du travail et en droit de la sécurité sociale. Ses domaines de prédilection concernent la justice sociale, le syndicalisme et les organisations professionnelles, le contrat de travail et les accords collectifs de travail.

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