Bonjour à tous et merci pour votre accueil. Je suis très heureuse d’être parmi vous. Je vais vous parler de mon budget parce qu’il a fait un peu de bruit ! Je vous dirai ce qui s’est passé avec ce budget, pourquoi je l’ai fait et comment je m’y suis prise. Et puis peut-être ajouterai-je un regard sur les perspectives de court, moyen et long termes.
Précision préalable : je suis depuis octobre 2017 à la tête de cette région – la plus belle région de France ! Vous la connaissez tous, bien évidemment : la région des Pays de la Loire. Mais, ainsi que le président de cette table ronde le rappelait à juste titre, avant de faire de la politique j’ai fait autre chose, et j’espère qu’après je ferai autre chose encore. Cette ouverture à plusieurs trajectoires de carrière possibles me donne beaucoup de liberté et me permet aussi de mettre des choses en place, d’engager des actions. C’est, notamment, ce qui m’a permis en décembre dernier de faire voter le budget que nous avions préparé et dont je vais vous parler.

La situation de la région…
Le budget de notre région est de 2 milliards d’euros. Généralement, les équipes administratives préparent le budget pendant l’été. On se voit ensuite en septembre pour examiner les orientations, sachant que les recettes de notre budget viennent essentiellement de l’État : nos seules recettes propres viennent de la carte grise, et ce n’est pas avec les recettes de la carte grise que je fais un budget de 2,1 milliards. Donc les recettes viennent essentiellement de la TVA.
Or, en septembre 2024 mes équipes m’annoncent une forte baisse de la dynamique de la TVA qui débouche sur une baisse des recettes pour 2024 de l’ordre des 40 millions d’euros. Je vous donne ces chiffres parce qu’on a tout entendu sur mon budget : des fake news, des mensonges, des caricatures, tout ce qu’on peut imaginer, y compris concernant la culture – mais, comme vous le verrez dans un instant, il n’y a pas que la culture qui était affectée par mon budget. Donc 40 millions d’euros de recettes en moins. Et je dis tout de suite à mes équipes : compte tenu du contexte politique que vous connaissez tous, et avec une dynamique économique qui, déjà en septembre, est très mauvaise, il faut prévoir une baisse supplémentaire de la dynamique de la TVA de l’ordre de 20 millions d’euros pour 2025. Donc 40 plus 20 : ça fait 60 millions d’euros en moins. L’équipe part donc préparer un budget sur cette base, ce qui a forcément des conséquences. Mais comme toute entreprise ou toute famille, quand les revenus baissent, on fait les efforts nécessaires.
…à laquelle s’ajoute l’endettement de la France
Et puis arrive le nouveau Premier ministre, Michel Barnier, qui sensibilise sur l’endettement de la France. La dette française n’est pas arrivée avec lui, bien évidemment. Elle est là depuis bien des années. Michel Barnier nous explique cependant que tout le monde doit urgemment participer à l’effort de réduction de la dette, et je trouve cela tout-à-fait cohérent. De mon côté, je décide donc de contribuer à l’effort national en fournissant un effort de l’ordre de 40 millions d’euros pour abaisser le niveau d’endettement du pays. Cette dette de 3 300 milliards que vous connaissez tous est pour moi – et je le dis très clairement – une responsabilité collective, incluant tout partis politiques confondus ; de droite comme de gauche. Et les collectivités locales également : les associations de collectivités, les maires, les départements ou même les régions : tous ont aussi leur part de responsabilité dans cet endettement.
Réduire la dette c’est quelque chose que nous devons à nos enfants. Alors je me suis vraiment saisie de cette opportunité portée par Michel Barnier. Je n’ai pas fait comme la plupart des collectivités en disant : « non, ce n’est pas normal, c’est scandaleux », etc. C’est donc à présent à 100 millions d’euros qu’il fallait s’attaquer ; ce qui n’est pas beaucoup par rapport à l’ensemble de la dette française, mais c’est néanmoins un signal qui me semble nécessaire. Je me suis donc attaquée à ce combat. La présidente de Région que je suis s’est retroussée les manches, a annulé tous ses rendez-vous et a parcouru ligne à ligne son budget.
Protéger les investissements, réduire les dépenses de fonctionnement
Dans un budget il y a deux colonnes : l’investissement d’un côté, le fonctionnement de l’autre. Ce qui était important pour moi, c’était de maintenir un haut niveau d’investissement parce que c’est un enjeu économique majeur pour le territoire. C’est aussi le rôle d’une collectivité, et plus particulièrement le rôle d’une région qui, par rapport à d’autres collectivités, doit avoir une approche stratégique ; préparer l’avenir et donc regarder sur du moyen-long terme.
La baisse des recettes ne concernait pas uniquement la région des Pays de la Loire. Pour nous c’était 100 millions d’euros qui manquaient, mais quand je discutais avec Hervé Morin, il me disait que pour lui on était plutôt à 120 millions ; dans les Hauts-de-France, 350 millions d’euros, etc. Je n’ai pas pu faire le tour de toutes les régions, mais nous étions tous concernés.
Lorsqu’on se retrouve dans cette situation la facilité consiste à s’attaquer à l’investissement ce qui évite d’avoir des manifestants devant l’hôtel de région. Tous les politiques baissent l’investissement pour préserver le fonctionnement. J’ai voulu faire le contraire et préserver un haut niveau d’investissement. Le budget que nous avons voté au mois de décembre pour 2025 prévoit même un niveau d’investissement supérieur à celui de 2024. Pour moi, il est essentiel de continuer d’investir dans la construction ou la rénovation énergétique de nos lycées, d’investir dans les transports, dans les rames de TER, la transformation énergétique de nos cars, etc. Sans oublier la nécessité d’accompagner aussi notre économie, ce qui est une compétence forte de la région, notamment dans une période où il faut investir massivement dans l’innovation.
Alors, pour diminuer les dépenses de fonctionnement, j’ai pris le budget ligne après ligne ; j’ai tenu commission sur commission, et je peux vous dire que ma grande surprise a été de découvrir tout ce que nous financions… On découvre aussi qu’il existe des professionnels de la subvention que vous retrouvez dans chacune des commissions. Moi, je travaille dans la transversalité, mais comme généralement nos administrations ne communiquent pas entre elles, ces « professionnels de la subvention » vont émarger dans la commission économique, puis dans la commission énergétique, etc.
Un pays shooté à la subvention
J’ai alors pris la décision de supprimer toutes les subventions ce qui a fait, comme vous pouvez l’imaginer, beaucoup de bruit ! Vous m’applaudissez, mais à la suite de cet exercice, et avec toutes les critiques que j’ai pu avoir et que j’ai toujours, je me dis : le reproche qu’on devrait me faire, c’est de ne pas l’avoir fait plus tôt. Quand vous découvrez toutes les instances que vous pouvez financer, vous vous dites : ce n’est juste pas possible !
Et on ne peut pas m’attaquer en disant que j’ai fait des choix politiques ou clientélistes, puisque on parle ici de supprimer toutes les subventions, sans exception. On a beaucoup parlé de la culture parce que je me suis attaquée à un totem : on ne touche pas à la culture ! Et pourtant, j’ai touché à la culture mais aussi au sport, à toutes les associations qui interviennent dans le social où des personnes effectuent un travail extraordinaire, dans l’écologie, dans l’économie – c’est dans l’économie que l’on a tapé le plus fort, mais eux on ne les entend pas ; ils ne manifestent pas devant l’hôtel de région… J’ai supprimé ces subventions parce que ce n’est pas le rôle de la région de financer ces activités. Et je me suis dit : ce pays est littéralement shooté à la dépense publique. En fin de compte, quand vous discutez avec les acteurs concernés, une fois la subvention obtenue elle est considérée comme acquise à vie. Que la Région accompagne des associations à leur lancement c’est compréhensible. J’ai par exemple poussé pour la création d’un club de tir dans les Pays de la Loire ; je les ai accompagnés la première année, la seconde année j’ai baissé l’aide et la troisième année je leur ai dit qu’il était temps pour eux de voler de leurs propres ailes. Là d’accord ! Mais si vous ne faîtes pas ça, vous commencez avec une association, et tous les ans vous en avez d’autres qui arrivent et vite vous vous retrouvez face à une montagne à financer – vous arrivez même à subventionner des ETP ! Avec le temps, plus personne ne se rend compte de quoi que ce soit.
Donc, j’ai tout supprimé. Aujourd’hui, je ne veux pas revenir en arrière parce que ce que nous venons de faire est en fait ce vers quoi je pousse depuis le début de ce mandat en 2021 : sortir du mode « guichet » et passer en mode « projet ». On est capable de porter des projets mais il faut arrêter ce saupoudrage où l’on sort complètement de nos compétences.
Cela demande du courage mais ça en vaut la peine
Après, forcément, il faut du courage. Ils pensaient tous me faire plier, je vous le dis très sincèrement. Dans leur esprit, il est impossible que quelqu’un fasse une chose pareille ; personne ne l’a jamais fait ; elle va forcément revenir en arrière. La pression exercée était d’une force que je ne pensais pas possible. Rien ne nous a été épargné, ni à moi ni aux autres membres de ma majorité.
Mais aujourd’hui, à la tête de cette région, je suis fière. Fière d’avoir des élus, d’avoir une majorité. Vous allez me dire que c’est toujours plus facile qu’à l’Assemblée nationale puisque moi au moins j’ai une majorité ! Le budget a même été voté au-delà de ma majorité. Mais ce n’était pas facile pour eux de me suivre tant ce que nous faisions était inhabituel. Ils m’ont suivie malgré toutes les attaques personnelles qu’ils ont pu subir, sur le terrain, dans les médias. Et le budget a été voté avec deux unités de CRS devant l’hôtel de région, avec des menaces, avec des photos et les médias sociaux pour nous faire passer pour des irresponsables…
Encore une fois ; si c’était à refaire je le referais. Et si ça peut en inspirer d’autres, tant mieux. Ce qu’il faut surtout c’est du courage. Il faut aussi inciter les acteurs à changer leur modèle. Parmi les acteurs virulents il y a eu évidemment la culture mais aussi par exemple les Missions locales pour les jeunes demandeurs d’emploi. Là c’est 3 millions d’euros que j’ai supprimé en partant du principe qu’il y a déjà France travail qui s’occupe de tous les acteurs et qu’on ne gagne rien à traiter le problème tranche par tranche.
Sans surprise cela a été un exercice un peu difficile, mais il faut se projeter dans l’avenir. Alors si je peux inspirer d’autres collectivités, tant mieux ! Il ne faut pas craindre de s’attaquer à la dépense publique ; c’est essentiel dans le contexte extrêmement compliqué qui est le nôtre. Aujourd’hui nous vivons une période d’évolution, de transformation, de mutation – appelez-là comme vous le voulez –, et la France n’est pas au rendez-vous parce qu’elle n’en a plus les moyens : avec 3 300 milliards de dettes, on va se faire manger par les États-Unis ou la Chine sur les nouvelles technologies alors qu’on a tout pour réussir – les meilleurs ingénieurs et des pépites sur les territoires, que nous sommes incapables d’accompagner… La responsabilité de la classe politique aujourd’hui est de baisser les dépenses pour investir massivement dans notre économie qui fera rayonner l’ensemble de nos territoires. Car sans économie, il ne peut y avoir d’attractivité des territoires.
[*] NDR : Cet article complète le dossier « Réduire les dépenses publiques » (https://journaldeslibertes.fr/jdl29/) ouvert avec le numéro 29 ; dossier qui reprend les débats d’un colloque organisé par l’IREF le 2 avril 2025. Ce témoignage intervenait au cours d’une table ronde sur « Collectivités et finances locales : respecter le principe de subsidiarité ».
