Pour qui découvrirait (tout est possible…) La Société ouverte et ses ennemis, rappelons que ce classique de la philosophie politique du 20e siècle manquait jusqu’ici en version intégrale française. Karl Popper y exposait ce que sont, à ses yeux, les sources profondes du totalitarisme dont les caractéristiques étaient, vers la même époque, déterminées par Hannah Arendt. Popper a peu à voir avec celle-ci, sinon sa profonde (mais très différente) formation philosophique, qui le pousse à rechercher dans la naissance même de la philosophie occidentale (chez Platon) et dans ce que d’aucuns jugent comme son apogée (chez Hegel et, dans une moindre mesure, Marx, l’héritier qui le « renversa ») les moments-clefs d’une tradition hostile à la « société ouverte ».

Qu’est-ce que la « société ouverte » ? Elle est l’organisation sociale proche de ce que nous nommons « démocratie libérale » en un sens dit « classique », elle prône la défense des libertés individuelles avant tout, en particulier au moyen d’un État de droit qui sait se limiter à ses tâches essentielles, principalement régaliennes. Popper discutait alors Platon, Hegel et Marx, et puis encore Héraclite et Kant, ainsi que des commentateurs en nombre dans les notes dont il agrémenta l’ouvrage. Il incriminait les traits philosophiques de Platon, Hegel et Marx qui avaient conduit leurs thuriféraires à écarter, discriminer, voire éliminer l’option démocratique, aboutissant à un totalitarisme correspondant à l’époque que Popper vivait. Les grands penseurs « devaient y être pour quelque chose » eux-mêmes, toute révérence gardée ‒ et au risque d’une irrévérence assumée explicitement par Popper dès sa courte préface de la première édition en temps de guerre (1943). La présente édition restitue tout cela, disons-en ici quelques mots.
Avant toute chose, il convient de féliciter et remercier Didier Delsart pour le travail monumental fourni qui aboutit à un volume rigoureux et agréable à lire, Alain Laurent pour l’accueil parmi ses « classiques de la liberté », et la direction des Belles Lettres pour l’effort consenti d’un tel volume dans le paysage éditorial actuel : 830 pages, couverture rigide élégante, belle facture sans quasiment plus de « typos »2.
Épistémologue et philosophe politique, Popper est connu dans chacune de ces deux dimensions par un chef-d’œuvre : d’une part, Logik der Forschung de 1934 (repris en 1938), traduit tard en français (1973) sous le titre La logique de la découverte scientifique et, d’autre part, The Open Society and its Enemies, paru en 1943, traduit comme La société ouverte et ses ennemis d’abord en 1979, mais dans une « adaptation » peu fiable. La seule version intégrale et, de fait, de référence est la présente publication. Le texte de 1979, par Jacqueline Bernard et Philippe Monod, à l’initiative de Jacques Monod, ami de Popper, eut pour (seul) mérite d’exister, disons. Cette fois, grâce aux Belles Lettres, l’ouvrage est à la hauteur de l’original rédigé par Popper durant la Seconde guerre mondiale depuis son exil néo-zélandais, d’où son ami Friedrich Hayek devait le tirer, ainsi lui « sauvant la vie » (expression de Popper) en l’introduisant à la London School of Economics, où Popper devait confirmer sa place de figure majeure du paysage philosophique mondial.
Pour qui connaît, par ailleurs, La Route de la servitude de Hayek, un parallèle éclairant se présente, car Hayek voyait dans son propre livre sa « contribution à l’effort de guerre » dans la défense des valeurs démocratiques libérales, contre les régimes totalitaires du 20e siècle, issus de doctrines réactionnaires ou révolutionnaires historicistes, racistes ou « classistes » du 19e siècle. Popper a fourni un effort équivalent.
Toutefois, là où Hayek renvoie à d’obscurs économistes historicistes, oubliés, voire inconnus même du public cultivé, hors des cercles érudits d’historiens ou d’économistes3, Popper remonte jusqu’à l’Antiquité grecque afin de repérer les sources conceptuelles des menaces pesant sur les libertés classiques au sein des « sociétés closes », c’est-à-dire dans celles qui choisissent l’autarcie ou le protectionnisme agressif au détriment des nations voisines mais aussi, et surtout, de leurs propres citoyens. La leçon commune de Popper et de Hayek est que l’individu est plus menacé en pays « fermé » et tendant à une étatisation totalitaire qu’en « société ouverte », le paradoxe étant que c’est en croyant se protéger que les citoyens d’un tel pays acceptent de renoncer à leurs libertés. Ils se fragilisent en les perdant, or c’est, paradoxe suprême, d’abord librement que ces citoyens se mettent ainsi en péril.
Pour qui saurait déjà tout cela, et aussi que le risque encouru provient d’idées erronées nocives, trois constats s’imposent, du reste largement partagés. Premièrement, qui a lu l’édition de 1979 s’est assez rendu compte de ses défaillances et a pu observer que celles-ci ont contribué à des polémiques stériles. Cette fois ‒ enfin, après quasiment un demi-siècle ! ‒, le travail ne trompe pas l’attente. Le souligne dans sa préface un spécialiste français de Popper, Alain Boyer, récemment décédé et à qui nous rendons ici hommage.
Deuxièmement, qui a lu l’original anglais ‒ à raison, car on doit lire un texte dans sa langue originale si possible ‒, cette traduction offre néanmoins une somme de référence explicatives et clarificatrices aussi poussée qu’il est possible et souhaitable. Dans son avant-propos, le traducteur dit tout de ce modèle du genre4. En effet, même si « le contenu de ce livre se suffit à lui-même et peut être lu indépendamment [des] Notes » de Popper, leur restitution intégrale par D. Delsart, de la page 514 (citation supra) à la page 777, ainsi que les Addenda de Popper suivent (avec leurs propres notes, p. 779 à 802), et les notes de D. Delsart en bas de page (appelées par a, b, c…) ou entre crochets, enfin les index (noms et thèmes), et voilà qui fournit presque tout ce que l’on peut attendre. À la rigueur, on regrettera l’absence de glossaire, toujours bienvenu, d’autant qu’avec La Société ouverte et ses ennemis Popper passait de sa langue allemande à l’anglais, adopté sous des cieux ne lui convenant pas ‒ Popper mourait d’ennui dans sa campagne néo-zélandaise après la vie intellectuelle viennoise.
Troisièmement ‒ abordons la « substantifique moelle » de l’ouvrage ‒, le lecteur déjà informé du contenu du livre sait probablement aussi les reproches encourus par Popper pour avoir traité injustement les penseurs qu’il incrimine. Dans sa préface de 1943, Popper avertissait qu’il avait « des mots très durs à l’encontre de certains des plus grands maîtres à penser de l’humanité », rien moins qu’Héraclite, Platon, Hegel et Marx ! Or comment vouer aux gémonies de tels géants de la pensée ? Leur tort, selon Popper, est d’avoir semé, par l’« historicisme », les germes de l’État totalitaire, planificateur et liberticide, d’avoir promu clôture des sociétés et fin des libertés.
Popper avait écrit par ailleurs Misère de l’historicisme5 et La Société ouverte en réitère la caractérisation comme croyance forcée en la mécanique automatisée d’un déroulement historique à tort donné pour inévitable (voir les chapitres 1 et de 23 à 25). C’est dire que le « matérialisme historique » en prend un coup… Par ailleurs, au moment d’écrire La Société ouverte, Popper possède déjà son épistémologie (forgée dans Logik der Forschung et d’autres écrits viennois6) et s’appuie sur elle pour aborder les pans sociologiques des pensées du fondateur de la philosophie (Platon), de son plus grand créateur de système (Hegel) et de l’icône des révolutions du 20e siècle (Marx). Excusez du peu !
En menant cette critique radicale ‒ c’est-à-dire à la source, ou plutôt aux sources du « mal », selon Popper, qui le répète à l’envi ‒, Popper risque que son essai ne puisse qu’échouer en partie. L’irrévérence qu’il déploie, il l’indique certes d’emblée dans sa première préface, mais conduit-elle à une injustice raisonnée ? Disons d’emblée que, (re)lecture à l’appui, nous le croyons, mais qu’il s’agit de saisir pourquoi. Popper fait œuvre de « rationalisme critique », nom sous lequel son épistémologie des sciences de la nature est passée à la postérité. Une fois appliquée aux sciences sociales, sa méthode fait aussi merveille, mais il faut reconnaître que son texte paraît souvent partiel et partial. Seulement, comment faire autrement, vu le programme affiché ?
Si Popper est injuste, ce n’est toutefois ni faute de connaître les œuvres (malgré des erreurs surgissant ici et là, au final mineures), ni en traitant de façon indigne ses grands prédécesseurs. Même contre Hegel, seul auteur qu’il abomine sans réserve, Popper échappe au reproche que Marx faisait à ceux qui, après la mort du « professeur des professeurs » de Berlin, traitaient ce dernier « en chien crevé ». Popper commet certes des erreurs (les « Notes » donnent des indications érudites précises permettant de les vérifier), mais ses injustices sont à la hauteur de sa propre pensée, originale vigoureuse. D’un commentateur seul, on est en droit d’exiger l’exactitude complète.
Or, si Popper paraît se déguiser en commentateur, en s’acharnant à multiplier les références, il nourrit en réalité un autre dessein, que La Société ouverte manifeste dans les passages positifs où sa théorie de l’histoire s’écarte un peu de la plongée dans la négation de Platon, Hegel ou Marx. Popper écrit dans un but qui dépasse l’interprétation de ses prédécesseurs, il cherche moins à leur rendre justice qu’à poser les concepts nécessaires à la défense et à l’illustration d’une « société ouverte ». Tout génie est ainsi, un interprète infidèle le plus souvent, parce qu’il élabore et pose sa doctrine en s’opposant, et même en médisant pour confondre les autres penseurs. Il faut lire Popper avec ce recul et nuancer son propos de procureur en connaissance de cause. Ce livre n’est pas une introduction, c’est un livre de combat.
Dira-t-on alors que le « camp de la liberté » (que la collection d’Alain Laurent illustre) eût été mieux défendu si Popper s’était montré plus équitable ? Si les quelques deux cents pages de la première partie ironiquement titrée « Platon l’enchanteur » (p. 55-244), si le chapitre ouvrant la seconde partie en qualifiant d’« oraculaire » la philosophie hégélienne (p. 245-320) ou si les chapitres sur Marx (« méthode », « prophétie », « éthique », p. 321-445) étaient d’une plume moins acerbe ? Mais peut-être fallait-il ce ton-là. Aux prises avec le temps long de l’histoire de la pensée, Popper est aussi dans l’urgence d’un écrit de guerre.
Peut-être lui fallait-il donc faire cette violence quasi sacrilège ‒ et répétitive, car sa vindicte réitérée peut lasser même l’érudit passionné par ces débats. C’est le pourquoi de sa haine. D’ailleurs, en est-ce ? Hargne, oui, mais haine ? Titrer sur Platon l’« enchanteur » (jolie trouvaille pour The Spell of Plato que M. Delsart signale devoir à une collègue), comme pour Merlin, voilà qui indique une ambivalence « amour-haine » vis-à-vis de l’Athénien ‒ alors qu’en revanche, la détestation de Hegel est, elle, totale. Reste à expliquer comment Popper s’affirma en caricaturant la tradition entière. Nous contextualiserons donc d’abord l’ouvrage, puis nous fournirons quelques conseils de lecture.
1. Contextualisation : un livre cohérent avec le but de guerre dans un monde où « quand les blés sont sous la grêle, fou qui fait le délicat »
Le Popper qui écrit La Société ouverte et ses ennemis vient d’un monde qui s’est effondré deux fois. Né à Vienne en 1902 (Hayek l’était en 1899, à quelques rues de distance), Popper a vécu adolescent le crépuscule de l’Empire austro-hongrois qui s’écroula en 1918 ‒ même si, à la différence de Hayek, Popper n’était pas en âge de combattre ‒, puis, homme encore jeune, celui de la république d’Autriche, déjà atrophiée à la taille d’une province à la capitale hydrocéphale. Hormis ses voyages à l’étranger et des vacances (notamment au lac Achensee), Popper vécut exclusivement à Vienne jusqu’à son exil, au cours de l’hiver 1936-1937, avant que l’Anschluss (1938) vînt achever le désastre autrichien.
D’un milieu juif libéral aisé et ouvert aux idées modernes, Popper avait été nourri de préoccupations savantes et « humanistes » et il s’intéressait à l’éducation des enfants, avec le souci d’un traitement humain de l’individu-élève7. Avant d’être un penseur politique, Popper fut psychopédagogue et épistémologue. S’il soutint son mémoire d’études sans l’avoir achevé à l’Institut pédagogique de Vienne, c’est qu’on requérait un mémoire pratique et que sa réflexion théorique était d’une autre ampleur, rendant son jury témoin d’une pensée érudite et majeure naissante8. Il importe de reconstituer ce parcours pour juger de ses expressions péremptoires sur les « ennemis » de la « société ouverte ». Popper avait d’ailleurs déjà écrit sur la « mécanique psychique » du « sentiment de patrie »9. Il avait même fréquenté étudiants socialistes et communistes, avant de le regretter10. Ce portrait du jeune sympathisant socialiste viennois surprendra possiblement le lectorat français, habitué à voir en Popper le Lord britannique âgé du temps où ses ouvrages furent traduits en français, mais il est exact11.
Vienne fut l’éducatrice de Popper12, lui-même entamant une carrière d’éducateur, enseignant de mathématiques et physique familier de la psychologie pédagogique de son directeur d’études, Karl Bühler. Divers passages de La Société ouverte témoignent de cette première formation (fin du chapitre 4 sur « la reproduction et l’éducation des auxiliaires » chez Platon, p. 100-104, par exemple). Popper avait saisi les mécanismes d’apprentissage, de mémorisation, de découverte du savoir chez l’individu en formation13. Il allait lire Platon à cette aune, plutôt qu’en historien de la philosophie grecque, et Hegel aussi, plutôt que comme dialecticien. Mêlant psychopédagogie et épistémologie, Popper signale des enjeux distincts de ceux que signale d’ordinaire le philosophe aguerri, même lorsqu’ils lisent tous deux les textes dans l’original grec. Il est amusant de noter que c’est plutôt dans sa propre langue, l’allemand, que Popper en vient à mésinterpréter Hegel, par excès d’ironie (et d’hostilité).
Popper rejetait de même la prétention de la psychanalyse et du marxisme à se présenter comme des sciences. Il le leur reprochait sur la base de ses connaissances initiales. S’il concluait que psychanalyse et marxisme sont des « pseudo-sciences », c’était en raison de leur capacité à tout expliquer, indistinctement. Popper connaissait autant la psychanalyse que la pensée de Marx. Or la séduction de ces doctrines tient précisément à leur incapacité à formuler des lois rigoureuses (dignes de la science), car leur dialectique ou leur topique peut tout justifier ‒ comme la casuistique jésuitique en d’autres temps. Pour autant, cela ne les prive ni d’intérêt ni d’observations justes et certains commentateurs de La Société ouverte ont pu s’étonner que Popper parût moins dur envers Marx qu’ils s’y attendaient. La sociologie marxiste regorge, voire déborde précisément, d’arguments ‒ même dans l’optique de défendre les libertés individuelles14.
Toutefois, une autre interprétation des mêmes contenus produit tout autant le discours inverse. Ainsi Lénine est-il aussi fidèle à Marx que le politicien « philosophe social » viennois austro-marxiste Max Adler, et c’est la version liberticide qui domine en fait au final dans la politique réelle15. Ces théories séduisantes suscitent un « enchantement » dont Popper cherche la source. Comment le cadre explicatif général produit par ces doctrines entraîne à croire en un destin prophétisé, bref l’« historicisme », jusqu’aux interprétations et à des applications qui aboutissent, logiquement pour un enchantement, à la désillusion (et à des catastrophes)16.
Nourri d’esprit viennois apocalyptique « Belle Époque », paradoxe des années 1900, Popper n’avait jamais succombé aux charmes de l’idéalisme allemand, né un siècle auparavant dans l’héritage de la réforme criticiste kantienne. Or Kant proposait un rationalisme que Popper approuve dans La Société ouverte (chapitres 11-12, puis 23-24)17. Popper peut opposer la raison critique kantienne à la « dérive » hégélienne, seule absolument détestable, car, selon lui, Hegel plus que tout autre formerait des concepts susceptibles de ramener les sociétés à leurs réflexes « tribaux ».
C’est l’inverse exact de l’« ouverture » nécessaire, celle qu’avait d’ailleurs pu faire espérer la Vienne impériale, malgré sa Schlamperei (incurie) et sa Schwärmerei (rêvasserie), qui la rendaient « plus pavée de théories que de bitume », selon un dicton local. L’ouverture est modernité. Elle est de nature technique (libre-échange, libre mouvement au sein de la société), mais aussi morale, elle consiste à refuser l’endoctrinement cher à l’État prussien (auquel Hegel est assimilé) et elle fait avancer vers une fédération de nations où il ferait bon vivre, dans l’ouverture prospère garantissant propriété et libertés individuelles, hors du carcan archaïque de traditions dépassées et de mythes trompeurs. Cette vision idyllique est-elle sous-jacente chez Popper ? Sans doute. Dans tous les cas, il identifie dans l’ « historicisme » ce qui l’empêche.
Alors, le monde va vers des horreurs. La guerre, deux fois terrible pour Vienne, est l’horizon à garder à l’esprit en lisant La Société ouverte. Il faudrait ici un cours sur la politique de François-Joseph, plus vieux souverain d’Europe qui échoua à sauver la « double-couronne » k. und k. (kaiserlich et königlich) ou sur les mouvements ouvriers de l’Entre-deux guerres, dont l’impréparation coupable accrut la probabilité d’horreurs à venir18.
Apportons un souvenir personnel pour conclure notre présentation de ce contexte : notre collègue et ami, Karl Milford, professeur émérite à l’université de Vienne (où il occupa la chaire de Menger), nous confia un jour que son père (né sous un autre nom) fut sauvé par Popper, qui s’efforçait d’obtenir des sauf-conduits depuis son exil pour ceux menacés par le régime de Dollfuss, puis par les nazis : juifs, francs-maçons19, socialistes, communistes, démocrates de tous bords, d’autres encore. Une partie de la famille de Popper disparut dans l’Holocauste. Popper voulait servir comme soldat, mais son engagement fut refusé. Comment pouvait-il aider ? Milford ajoutait que, jeune, Popper soulignait l’arrogance naïve de ses amis progressistes, qui se voyaient diriger un peuple dont ils méconnaissaient la misère. La guerre résulta de l’entrecroisement de ces incompréhensions et de concepts dangereux et mal compris : la tâche d’un penseur dans les temps d’urgence était de les mettre en évidence.
2. Conseils de lecture aux lecteurs et lectrices d’aujourd’hui
Bien sûr, il est impossible de reprendre ici tous les concepts avancés dans l’ouvrage examiné, mais quelques éclairages peuvent être utiles, voire indispensables, et selon nous prioritaires. La Société ouverte n’est ni une histoire de la philosophie ni un examen de l’ensemble de la doctrine même d’un seul des penseurs discutés. Popper dit explicitement laisser de côté maints aspects qu’il faudrait mentionner pour relever ses biais, mais aussi dans l’intérêt de corriger sa lecture. Pour autant, les travers que Popper incrimine chez ces penseurs sont clefs pour sa doctrine.
Concernant Platon, Popper écrit par exemple : « je tiens à préciser que mon analyse de Platon se limite à son historicisme et au ‘meilleur État’ » (p. 83). Dans le chapitre précédent (sur Héraclite), il apparaît assez à l’amateur de philosophie ancienne qu’il vaut mieux aller aux commentateurs (comme Jean Bollack, Pierre Aubenque, ou Jean-Pierre Vernant notamment chez les Français). Popper traite les Anciens sous l’angle seul de ce que son analyse peut tirer de leur critique. Or celle-ci est inévitablement et foncièrement moderne, nourrie (on l’a vu) à ses disciplines de formation, et extérieure au cadre antique. Popper lit Héraclite, Platon, Aristote comme s’ils choisissaient leurs concepts parmi ceux disponibles depuis lors, comme si certaines positions alternatives existaient déjà qu’ils auraient pu prendre. Popper les lit avec un biais.
Donnons quelques exemples. Popper décrit les lois du « changement » (ou flux) et du « repos » (chapitre 4), les récits de « Déclin et Chute » (chapitre 5) en imputant à décision ce qui relevait d’un cadre global, d’une « vision du monde » ‒ une Weltanschauung dirait Heidegger ou une épistémè dirait Foucault ‒, dont ces penseurs dépendaient autant qu’ils y contribuaient à leur tour. Oui, avec Héraclite, le changement est la règle, mais Parménide propose l’Un : Socrate devait chercher à dépasser l’opposition. La philosophie débute là, parmi les Présocratiques, et aboutit à la définition du « mouvement » quadruple d’Aristote : engendrement, développement, dégénérescence et mouvement local ‒ seul ce terme constituant aujourd’hui un « mouvement ».
Toutefois, Popper restitue ce cadre seulement pour expliquer la « loi d’évolution » de l’État que Platon formule dans la République, Le Politique et Les Lois, à savoir : monarchie, timocratie, oligarchie, première démocratie libre (plus « positive », disons), désordre démocratique, anarchie et tyrannie, miroir inversé de la monarchie excellente du « philosophe-roi ». Ce Déclin inéluctable selon Platon n’est pourtant point un choix comme tel, et contrairement à ce que suggère Popper. C’est plutôt le résultat du croisement de deux conceptions prévalant dans le monde grec : d’une part, existence et primauté d’une Archè, ou principe originaire (celui du mot « archaïque »), et, d’autre part, structuration du monde par analogies : mondes supra-lunaire/sublunaire, cadre Cité-État/peuple, gouvernant-gardien/classe populaire, homme libre/autres catégories (dans l’ordre fourni par Hésiode dans Les travaux et les jours : femmes, enfants, esclaves, bœufs et autres animaux domestiques, puis bêtes sauvages). Il faut prendre en compte ce qui résulte de ces croisements. Il faut parler d’Archè et ne pas s’en tenir à la critique du « contextualisme », d’ailleurs anticipée habilement par Popper (voir pages 140-141).
Et oui, encore, Platon avait certes, du moins semble-t-il, du goût pour le modèle spartiate sobre et hiérarchique, un dressage « à l’ancienne », disons, mais ce « passéisme » hostile à la démocratie athénienne est moins à opposer à Périclès (comme Popper le fait sciemment dans son exergue et le reprend dans l’important chapitre 6) qu’à comprendre comme un cadre structurant de la pensée grecque, ce que faisaient aussi à leur manière les mythes : structurer une vision du monde qui est tout sauf « moderne ». Vernant demandait si les Grecs croyaient à leurs mythes ; il faut interroger ce que les penseurs doivent à leur temps, qu’ils contribuent à infléchir ‒ ou pas.
L’idée de « progrès » n’est pas grecque ; or elle est nécessaire à l’ouverture de la société. Popper déploie les conséquences de la « loi du Déclin » sur plusieurs chapitres consacrés à la « justice totalitaire » (l’essentiel chapitre 6), au « principe du chef » (chap. 7), au « philosophe-roi » qu’il honnit (chap. 8), aux « esthétisme, perfectionnisme, utopisme » (chap. 9), qui aboutissent à « la société ouverte et ses ennemis » ‒ chapitre-clef 10 qui donne son titre à l’ouvrage. Cette approche accuse et condamne d’autant plus que sa présentation rétrospective depuis le 20e siècle oriente le lexique : le mot « totalitaire » comme chez Arendt, sans parler du titre effrayant du chapitre 7, qui renvoie au Führerprinzip.
La perspective poppérienne néglige le cadre idéal que la Cité antique autarcique présentait effectivement, ou plutôt montre encore à qui en étudie les traces parvenues jusqu’à nous ‒ et là est la vision originale de Popper, qui dit combien précisément ce cadre est un mode révolu « tribal », au sens où Popper emploie ce mot, dont l’usage appartient plutôt à l’anthropologie qu’à la philosophie classique. Mais c’est justement une anthropologie critique de la clôture sociale qui rend suggestive et stimulante la thèse poppérienne. De tels concepts sont inadaptés à la modernité, et nocifs pour elle si on les y transplante en changeant de cadre épistémique. Comme dans la « transplantation d’organes » qui rate, la modernité « ouverte » doit rejeter Platon et Aristote, sous l’angle politique. C’est pourquoi Popper incrimine la forme aristotélicienne à la base de la pensée hégélienne (chapitre 11), un anachronisme où l’analogie maintenue mutatis mutandis entre les deux plus grands systématiciens d’Occident reste cependant suggestive.
Ces points demanderaient de longues explications dont ce n’est guère ici la place. Disons, en d’autres termes, et en écartant nous aussi la révérence béate envers les « grands » et les « Anciens », que Popper cherche à caractériser des traits politiques essentiels qui d’eux à nous portent des effets catastrophiques. C’est la valeur de son analyse. Et son érudition recouvre ce cadre. Si l’on refuse de considérer uniment à travers le temps ces « visions du monde » diverses, on comprend à la fois ceux qui jugèrent Popper sacrilège et l’intention de celui-ci : ne plus séparer ce qui le demeurait par un respect coi à la limite de l’imbécillité.
En effet, des leçons sont à tirer de ce « passé conceptuel », même en le démolissant. Popper philosopherait « à coups de marteau », quasiment. Il suffit alors de préciser que c’est pour nous qu’il le fait, parce que nous vivons dans la condition moderne de société ouverte qui présente plus d’avantages pour nous que la Cité antique, qui ne pouvait servir de modèle qu’aux Anciens. Les conditions ont changé : l’esclavage a disparu, les notions de liberté et d’égalité étendue au-delà des hommes libres prévalent. Seuls des concepts devenus inadaptés ont rendu possible des sociétés fermées, mais ils sont précisément devenus inadaptés, ou plutôt aptes à faire perpétrer des horreurs lorsqu’on les réactive. Leur reprise s’avère catastrophique et anéantit les libertés comme toute chance de maintien de quelque paix que ce soit dans l’époque moderne.
Popper liste donc les modifications et les mises en garde. Un bon exemple est son insistance sur des distinctions essentielles comme les suivantes : entre lois naturelles (descriptives et immuables, dont nous prenons conscience par essais et erreurs) et lois humaines (normatives et susceptibles d’être transgressées) ‒ il le fait longuement, dès le chapitre 5, puis passim et de nouveau à propos de Marx et, au final, Popper redit quelle est son épistémologie fondamentale au long des chapitres 23 à 25 ; celle entre ce qui est (Sein) et ce qui doit être (Sollen), que Popper reprend à son compte dans une veine kantienne ; celle entre paix civile et paix internationale (importante note 7 du chapitre 9) ; celle entre une « éthique scientifique » et le « naturalisme » en science (note 18 du chapitre 5) ; et puis celle entre sciences historiques et sciences « généralisantes » (théoriques, le cœur conceptuel des chapitres 23 à 25 et l’explicitation de la note 7 du chapitre 25)… Et cætera.
Il importe que le lecteur trace son chemin dans le foisonnement conceptuel de premier plan qu’offre La Société ouverte et ses ennemis. La première de ces distinctions reste bien entendu précisément celle qui existe entre des types de société « ouverte » ou « fermée », le premier bénéfique, l’autre néfaste. La sociologie (chapitre 14) et l’économie (chapitre 15) des méfaits historicistes sont en droite ligne issues du livre III des Recherches sur la méthode de Menger (1883) et rejoignent les avis de la Route de la servitude de Hayek, ces ouvrages « autrichiens » déjà mentionnés dans cette recension et avec lesquels Popper concorde.
* *
Au final, une double précaution s’impose aux lecteurs de La Société ouverte et ses ennemis : se garantir contre un respect si consciencieux pour les grands penseurs qu’il devient inconsciemment aveugle et contre l’irrévérence qui peut rater sa cible. Cette remarque s’applique alors à Popper lui-même. Il a parfois raison, même souvent, mais dans un cadre décalé. Cela contraint à le lire en cheminant sur une ligne de crête, là où il s’était aventuré en combattant, et où il faut le suivre avec circonspection pour une lecture aussi apaisée qu’avertie, d’autant plus profitable que l’on connaîtra déjà un peu les textes débattus, ce qui permet de trier dans les « Notes » abondantes.
Cette exigence d’une certaine connaissance préalable fait dire à D. Delsart que l’on pourrait se passer d’abord des Notes et c’est elle qui rend le livre moins accessible que son style, plaisant autant qu’acerbe, le laisse croire, mais on évitera ainsi pièges rhétoriques et attitudes militantes précisément grâce aux avertissements que livrent une si belle édition. Certes, également, les jeux de mots et les plaisanteries érudites (le Witz viennois) qu’affectionne Popper distraient, mais peuvent détourner l’attention ou faire croire le texte plus facile qu’il n’est. Heureusement, l’édition intégrale permet d’écarter les incertitudes. À qui veut ressaisir la pensée de Popper, mais craint d’étouffer sous des références difficiles à maîtriser, conseillons de lire introduction et chapitre 1 puis immédiatement les chapitres 23, 24 et 25 (en commençant par le 25), pour revenir à loisir à l’Antiquité (chapitres 2 à 10), Hegel (11 et 12) ou Marx (13 à 22).
À propos de Hegel, justement, que l’on n’attende pas de nous, qui l’étudions de longue date20, de contredire le reproche fait à Popper d’injustice et d’inexactitude à son égard, au cœur du livre (chap. 11 et 12 sur 25), une place souvent significative. Popper lie d’abord Hegel à Aristote (chap. 11), puis prépare une critique subséquente de Marx, chez lequel il rapporte tout ce qu’il juge négatif à l’inspiration tirée de Hegel, alors qu’il sauverait volontiers les notions propres à cet acharnement à « défendre l’opprimé », comme en sa propre jeunesse. Or Popper, sur Hegel, oui, Popper a tort, jusque dans les termes allemands qu’il tord (à dessein ?) même brillamment. Il importe de rappeler alors cependant que Popper raisonne en défenseur de la liberté, même s’il méconnaît toutefois que, chez Hegel aussi, elle occupe le rôle de but ultime. Popper voit en Hegel la source d’une modernité oraculaire mensongère ramenant au « tribalisme » et il caricature ainsi et méconnaît les « institutions de la liberté » : c’est un choix biaisé qu’il fait21.
Pour tout dire, cette acrimonie de Popper fait souvent penser à celle insigne chez Marx envers ses propres contemporains : elle est informée, brillante, impitoyable et… injuste. Elle montre Popper partageant plus avec Marx que l’image passée dans l’imaginaire français d’un vieux Lord professeur de la LSE. Il y avait encore du jeune Viennois enthousiaste dans l’exilé en Nouvelle-Zélande, sinon plus tard chez le professeur londonien. Si platoniciens et hégéliens purent regarder La Société ouverte… comme sacrilège et relever les marques d’hostilité et les erreurs de Popper, à quoi il répondit parfois (addendum 3 du livre I, la réponse au Pr. Levinston, p. 654-670, notamment), ces « offensés » choisirent souvent d’ignorer la charge poppérienne, et eurent tort.
Certes, ce sont des débats pour spécialistes et nous n’y entrons pas, malgré notre envie, mais leur lecture reste éclairante, quand trop de thuriféraires de La Société ouverte… restèrent à la pauvre vision donnée par l’édition de 1979.
Aujourd’hui nous est donc accordé l’outil d’une compréhension en profondeur des vues de Popper. Il faut être reconnaissant de pouvoir les ressaisir, si biaisées furent-elles, car l’urgence des temps comme le choix de la liberté peuvent encore l’exiger. Popper sut défendre celle-ci face à trop d’ennemis qui, précisément, en visèrent l’extinction ou en retardèrent l’expression. Il n’y eut pas que le hasard des circonstances pour expliquer la traduction tardive en français de Popper ‒ comme celle d’autres auteurs « autrichiens »22. (Re)lisons-les tous bien aujourd’hui. Cette lecture contemporaine voit son intérêt renforcé dans une époque, la nôtre, où ressurgit l’apologie de sociétés dites « illibérales », aspirant à se fermer et néfastes pour les libertés, même alors qu’elles prétendent parfois que la technologie la plus moderne les déploie. Des sources profondes irriguent encore ces tentations, des sources où celles-ci se ravivent régulièrement : voilà quelle fut la cible de Popper dont le livre reste, comme celui de Hayek, autant qu’un traité majeur, un avertissement à (re)lire d’urgence.
1 L’auteur a écrit cette recension à la demande du Journal des Libertés en janvier 2026.
2 On relèvera à peine en « quatrième de couverture » des guillemets fermants qui devraient suivre la première occurrence de « Platon », un pluriel manquant (« au* beaux jours », p. 551), bref de rares choses, toutes mineures.
3 Nous avons étudié ces économistes : voir la partie III de notre édition des Recherches sur la méthode dans les sciences sociales, et en économie politique en particulier deMenger(1883), Paris, EHESS, 2011, pp. 423-524.
4 Là encore, nous pensons pouvoir parler en connaissance de cause de l’appareil utile aux textes de cette envergure : voir notre édition des Principes d’économie politique de Menger (1871), Paris, Le Seuil, 2020, 812 pages.
5 Dont le thème vient selon nous tout droit du livre III des Recherches sur la méthode… de Menger, qui avait posé le cadre critique.
6 Voir notre traduction de l’allemand et édition critique de ces textes antérieurs à 1936 dans Apprentissage et découverte. Textes viennois de Karl Popper, Éditions rue d’Ulm, 2019.
7 Voir ses réflexions dans le cadre de la Schulreform dans le texte A d’Apprentissage…, op. cit.
8 Voir ce mémoire traduit intégralement (texte C d’Apprentissage…) et notre postface : c’est dans le sillage de son soutien à un enseignement « ouvert » que Popper devint épistémologue (voir le texte F sur cette transition).
9 Voir le texte B d’Apprentissage…
10 Popper avait nombre d’amis chez les étudiants socialistes (révolutionnaires, marxistes) et communistes. Il écrit : « Un temps, je me méfiais des communistes, surtout en raison de ce que mon ami Arndt m’en avait dit. Mais au printemps 1919, avec nombre d’amis, je me trouvai converti par leur propagande. Cela dura deux ou trois mois pendant lesquels je me considérais comme communiste ». Or les cadres du parti encouragèrent leurs membres à aller manifester tout en sachant les victimes inévitables. Popper rappelle cet épisode dans son autobiographie (Unended Quest – An Intellectual Autobiography, New York, Fontana 1976, p. 32-33,notre traduction). Il s’en repentit le restant de sa vie. Unended Quest parut comme « Autobiography » dans The Philosophy of Karl Popper (Open Court, « The Library of Living Philosophers » 1974. La quête inachevée, Presses Pocket, 1989).
11 Voir Hacohen, Malachi Haim, Karl Popper. The Formative Years 1902-1945, Cambridge University Press, 2000.
12 Voir notre postface « Popper à Vienne : l’éducatrice et son témoin », dans Apprentissage…, p. 221-290.
13 Voir respectivement sur ces points les textes C, D et E dans Apprentissage…
14 Aussi peut-on avec Popper (et Alain Laurent dans L’Individu et ses ennemis, Paris, Hachette, 1987, p. 178-195), classer Marx en « ennemi ambigu » de « l’individu », soutien potentiel de l’individualisme ‒ mais moins Lénine.
15 Identiquement, Popper travailla à l’institut dirigé par la nièce de Freud et écrivit en faveur de la réforme scolaire, tout en restant conscient que certaines prétentions relevaient d’une présomption fatale ‒ pour reprendre l’expression ultérieure de Hayek sur le socialisme.
16 En allemand, eine Enttäuschung ist das Ende einer Täuschung (« une déception est la fin d’une illusion »).
17 En contexte viennois très anti-kantien, Menger avait aussi une attitude nuancée envers Kant : voir « Carl Menger, réformateur de l’économie politique, devant Aristote et Kant », Cahiers philosophiques, 179(4), p.101-120.
18 Voir la littérature historique, de la « double monarchie » jusqu’à l’Anschluss. Popper avait pressenti que le Chancelier Dollfuss n’allait pas hésiter à écraser la milice ouvrière du Schutzbund en pilonnant au mortier son repère, les logements ouvriers de Karl-Marx-Hof : Unended Quest (op. cit., 1976), p. 35 sqq.
19 Le père de Popper avait été franc-maçon. La Mauererei étant interdite à Vienne, les loges se réunissaient à Presbourg (aujourd’hui Bratislava, capitale slovaque) à quelques heures de navette sur le Danube.
20 Depuis notre formation dirigée par Bernard Bourgeois ‒ président l’Académie des sciences morales et politiques décédé en 2024, à qui nous rendons hommage ‒ à nos écrits plus récents : « Hegel et l’économie politique », Archives de philosophie,82/4, 2019, p. 749-769. D. Delsart eut lui-même B. Bourgeois à son jury de thèse (2018).
21 L’expression « institutions de la liberté » provient de la préface par Jean-François Kervégan de sa traduction (de référence) des Principes de la philosophie du droit de Hegel (1821, édition PUF 1998, quatre éditions subséquentes « Quadrige » avec les annotations du disciple Gans). Pour une clarification de la philosophie de l’histoire de Hegel (et plus de références) : Gilles Marmasse, L’histoire hégélienne entre malheur et réconciliation, Paris, Vrin, 2015.
22 Concernant Menger il fallut attendre en français 128 ans (de 1883 à 2011) les Recherches sur la méthode… et un siècle et demi (de 1871 à 2020) les Principes d’économie politique. Quelque chose de l’esprit viennois, malgré le goût pour les arts de la capitale de l’Europe centrale, passe décidément mal en France… (voir « De Carl Menger à Karl Menger – à Charles Menger ? », Austriaca, 63, 2006, p. 133-150 et « Comprendre l’évolution d’une école de pensée économique : l’École autrichienne », Économies et sociétés, 40, 5/2008, p. 979-1016).
