« La poésie commerciale de l’Europe » existe-t-elle ?

Dans la première moitié du XXe siècle, nombre de poètes français s’intéressent à la Bourse et au libre-échange. Des poètes comme Claudel, Valéry, Morand, Cingria, Cendrars, Brauquier, Mac Orlan rénovent ainsi le lien entre littérature et économie. Cette vision témoigne de la confiance accordée au marché en termes de prospérité générale, c’est le cas de Claudel dans L’échange (1901). Après avoir signalé le caractère sacré du dollar (« Il est bon d’avoir de l’argent à la banque. Glorifié soit le Seigneur qui a donné le dollar à l’homme [1]»), le personnage de Thomas Pollock Nageoire soutient que le marché américain est la ressource de l’Europe appauvrie. Durant l’entre-deux-guerres, la mondialisation du capitalisme construit chez ces poètes un imaginaire axé sur des thématiques de découverte planétaire et sur de nouvelles relations entre les nations et notamment entre les nations européennes. Tout au long des bouleversements du siècle, la poésie s’empare du capitalisme pour interroger les mutations économiques de l’Europe, à l’exemple de Pierre Mac Orlan qui écrit dans Filles d’amour et ports d’Europe (1950) :

Hambourg, ville libre, ville neuve et ville ancienne, avec ses ‘anciens parapets’ à la mode des villes nordiques et ses gratte-ciel européens, est, comme Londres, une cité dédiée à la grande poésie commerciale de l’Europe[2].

L’expression « poésie commerciale » comporte plusieurs sens. Elle peut s’entendre comme une manifestation esthétique du monde des affaires. Elle peut s’entendre aussi comme une volonté de rapprocher l’activité économique de l’activité poétique, ainsi que le fait Paul Valéry dans son essai, La liberté de l’esprit (1939) « Le commerce des esprits précède donc le commerce des choses. […] il l’accompagne, et de fort près[3] », écrit le poète. Valéry élabore son concept d’ « économie spirituelle » à partir d’une analogie entre l’économie de marché et la création poétique. En 1945, Charles-Albert Cingria reprend cette analogie :

Il n’y a nul divorce entre le commerce et l’art puisque Mercure, inventeur de la lyre, est le dieu du commerce. Walt Whitman a dit « la magistrale intercommunication des mondes » et Blaise Cendrars n’a célébré que le commerce[4].

Les poètes donnent ainsi une réalité à la « poésie commerciale » mais comment existe-t-elle ? Elle emprunte d’abord au langage de la Bourse son système de valeurs pour se changer en poésie boursière.  Son principal enjeu est dès lors de questionner l’identité de l’Europe, l’Europe peut-elle se définir par le capitalisme ? Telle est la question dominante. La poésie boursière réfléchit également aux conséquences d’une mondialisation économique déclenchée par l’Occident. Elle s’attache ensuite à souligner l’importance du libre-échange, élément jugé consubstantiel à la vitalité du continent. À travers ces questionnements et ces prises de position, la poésie boursière propose, in fine, une éthique à la construction européenne, tant sur le plan matériel que spirituel.

La poésie boursière chez Claudel, Valéry, Morand : redéfinir l’Europe       

La Hollande est un corps qui respire, et cette vaste poche du Zuyderzee au milieu d’elle, qu’est-ce que c’est, sinon une espèce de poumon ? Deux fois par jour, à plein cœur, à plein ventre, elle absorbe la mer comme un flot puissant de lait salé, et deux fois par jour sur ces eaux un instant équilibrées s’opère l’immense échange comme si une cloche avait sonné, la Bourse est ouverte, je dis la Bourse dans son double sens : celui du réceptacle, – et quel réceptacle plus largement ouvert que ce comptoir où, en échange de toutes les richesses des Indes, de toutes les denrées qu’énumère l’Apocalypse, la pourpre, la soie, les bois, le fer, le marbre, l’ivoire, les épices et les parfums, le vin, et l’huile, et le froment, et les bêtes de somme, et les esclaves, et les âmes d’hommes, le Rhin et la Meuse viennent opérer leurs versements ? – et le sens aussi de marché où tout ce qui existe vient se transformer en valeur, passer de sa qualité de matière à la dignité générale de signe et de proposition, recevoir comme on dit son cours[5].

Cette page de Claudel sur la peinture hollandaise définit la notion de bourse en poésie. « Versement », « marché », « cours », le paradigme de la transaction financière est symbolique, il est détourné de la société mondiale des profits à l’avantage d’une mondialisation de l’échange, entre l’Europe et l’Asie en l’occurrence. Dans son essai, L’idée d’Europe (1917), Hugo von Hofmannsthal se livrait à une critique de l’argent maudit mais il réhabilitait également l’échange, en prenant comme exemple le commerce en Asie : « les échanges humains à la place du machinal[6]. » Le marché est spiritualisé puisqu’il reflète l’intelligence et la générosité de l’activité humaine, dans la perspective de l’universel, ou du catholicisme selon la vision religieuse de Claudel.

La Bourse apparaît également dans l’œuvre de Valéry, elle précise la notion d’économie spirituelle, laquelle ne vit que par l’échange. C’est une Bourse qui assure le triomphe de l’Europe écrit Valéry dans Note (ou l’Européen) :

Cette Europe triomphante qui est née de l’échange de toutes choses spirituelles et matérielles, de la coopération volontaire et involontaire des races, de la concurrence des religions, des systèmes, des intérêts, sur un territoire très limité, m’apparaît aussi animée qu’un marché où toutes choses bonnes et précieuses sont apportées, comparées, discutées, et changent de mains. C’est une Bourse où les doctrines, les idées, les découvertes, les dogmes les plus divers, sont mobilisés, sont cotés, montent, descendent, sont l’objet des critiques les plus impitoyables et des engouements les plus aveugles. Bientôt les apports les plus lointains arrivent abondamment sur ce marché. D’une part, les terres nouvelles de l’Amérique de l’Océanie et de l’Afrique, les antiques empires de l’Extrême-Orient envoient à l’Europe leurs matières premières pour les soumettre à ces transformations étonnantes qu’elle seule sait accomplir. D’autre part, les connaissances, les philosophies, les religions de l’ancienne Asie viennent alimenter les esprits toujours en éveil, que l’Europe produit à chaque génération ; et cette machine puissante transforme les conceptions plus ou moins étranges de l’Orient, en éprouve la profondeur, en retire les éléments utilisables[7].

L’idée d’Europe comme Bourse ou grand marché spirituel et matériel se confirme. L’Europe reçoit toutes les matières et les transforme en privilégiant l’acculturation : « ces transformations étonnantes qu’elle seule sait accomplir. » Mais le système est dominateur, l’Europe entend garder la maîtrise des flux spirituels pour décréter sa supériorité intellectuelle et l’imposer au reste du monde, notamment à l’Orient.

Les marchés européens peuvent-ils continuer à dominer le monde ? C’est la question que pose Morand dans l’une de ses principales pièces de sa poésie boursière, Mines d’or.   L’extension de la propriété privée, qui est sa finalité, est un obstacle, elle accentue les différences et fragmente le monde, en Europe comme ailleurs. Il faut dès lors demander à la poésie de réguler le marché pour le ramener à son devoir de prospérité générale. « Tout est à tous » chante le poète de Mines d’or en se souvenant des Tahitiens de Diderot face à Bougainville qui remettaient déjà en question l’universalisme économique de l’Europe :

La Bourse pend à un ciel

dont l’azurage est assuré pour la journée.

Toit, tendre prairie.

Entre les colonnes moites coulent les transactions.

Les ordres sont chantés — Symphonies

pastorales.

Les valeurs montent et descendent facilement,

souffles d’une jeune poitrine.

Les coulissiers offrent dans les corbeilles

Les fruits savoureux des capitaux

intégralement versés.

Les disponibilités sont abondantes.

La langue fond dans la bouche.

Les vitres dépolies des agences

confisquent la lumière à leur profit ;

les bois des classeurs ont des retours de sève.

Tout est à tous ;

la propriété individuelle

peut, avec des grâces,

avouer qu’elle doute d’elle-même.

Promenades aux bons sentiments.

Les faillis se réhabilitent

par des confessions publiques.

Au printemps

tout est

parfumerie-tulle-fleurs

occasions exceptionnelles.

C’est la fête des agents de change et des garçons

de recette.

L’ensemble du marché est bien impressionné

par le soleil[8].

Ce poème s’approprie les codes du marché pour les retranscrire dans une prosodie déstructurée. À l’imitation de l’ordre donné en Bourse, le rythme syncopé joue comme un déclic verbal, il libère des images faisant sentir l’omniprésence de la finance en Europe qui absorbe et transforme la vie et qui façonne l’environnement dans les quartiers d’affaires des capitales. Marcel L’Herbier, en 1928, portera à l’écran dans l’un des derniers films muets, L’Argent[9], ce rythme enfiévré de la spéculation qui rend fou sous la coupole du Palais Brongniart. Vision sauvage du capitalisme décadent, ce film, au sublime décor art-déco, laissait présager le Krach de 1929 et la nouvelle crise européenne qui suivit.  

Le texte de Morand montre aussi que la poésie peut s’immiscer dans les grands débats économiques. Les images de retour à la nature et de souffles réguliers d’une « jeune poitrine », comme l’allusion au printemps et au soleil, posent ironiquement la question de l’universalisme du système économique européen, fondé sur la croyance que le marché repose sur des lois naturelles. En se moquant de l’euphorie boursière des années vingt, ces images retournent ces lois et invitent la Bourse à se reconnecter à la nature et à l’élan vital partagé par tous. La propriété privée doute alors d’elle-même car elle éteint la possibilité d’une conscience collective, et c’est ce qu’on lui reproche. En effet, le poème, écrit au début des années vingt, capte les inquiétudes que faisaient peser les évolutions de la Bourse sur la vie économique. Dans le monde anglo-saxon et en Allemagne, le grand capitalisme change avec des entreprises qui font désormais de plus en plus appel au crédit pour financer l’audace des innovations mais c’est ce même crédit qui alimente les plus folles spéculations boursières à destination des grandes fortunes privées. Avec le Jeudi noir de Wall Street, on connaît la suite. Dans le documentaire New York, Morand livre les principales données de la crise américaine. Cette dernière s’explique en raison d’un comportement sociologique : les Américains sont « gagnés par l’attrait de l’argent facile. » « Il n’y a pas de perdants » jusqu’au dérèglement fatal de toute une société qui prouvera le contraire. Le slogan, « Votre compte en banque est votre meilleur ami », est une illusion. Ce passage de New York analyse ainsi cet effet de « bulle » :

Depuis quelques années, l’homme de la rue a été gagné par l’attrait de l’argent facile, le prestige du tuyau ; il lui fallait bien payer toutes ces choses inutiles et coûteuse qu’on lui faisait acheter à tempérament ; chacun s’est mis à jouer, à terme, naturellement, avec beaucoup moins de capitaux que chez nous, car si l’argent est plus cher, les provisions exigées sont moindres ; ainsi les dactylos ont-elles leur agent de change et les policemen font-ils leurs reports chaque quinzaine. Cela commença en 1916, lorsque les sociétés de munitions connurent des bénéfices inouïs ; cela continua après l’armistice, avec les plus-values des fonds d’État ; depuis lors, le New Yorkais n’a cessé de jouer ; les renseignements, les bruits de coulisse traversent la ville en quelques heures et les journées où sont échangés six millions de titres ne sont plus rares. La Federal Reserve Bank s’en émeut, et, périodiquement, resserre les crédits. Les grands rois de la Bourse d’hier, les Gould, les Fisk, les Carnegie, les Harriman, ne sont plus… C’est désormais l’immensité anonyme des petits porteurs. On leur a tant répété : « Votre compte en banque est votre meilleur ami », qu’ils le croient ; ils ont vu la radio monter de 40 à 400 ; ils ont pris goût à cette partie où, jusqu’à ces derniers temps il n’y avait pas de perdants. La crise de la fin 1929 n’avait pas de causes économiques profondes ; ce ne fut qu’une immense panique collective de Wall Street[10]

En Europe, on pense, au contraire, que les causes économiques sont profondes. Il faut réformer la Bourse, et avec elle les marchés, pour l’accorder à une nouvelle vision européenne de la propriété privée et à l’espoir d’une société mondiale moins inégalitaire.

Dans les années trente, l’assise libérale de l’Europe est contestée. En Europe comme à l’étranger, on appelle à refonder la société européenne en la coupant de son humanisme libéral, économique et politique, originel. En 1934, Albert Thibaudet évoque l’effacement du libéralisme dans les pages de La N.R.F. Déplorant « cet obscurcissement de Montesquieu et de Tocqueville, ce désintérêt autour d’eux », il indiquait un « fait nouveau » : « […] un fait nouveau s’est produit, d’ailleurs assez bien prévu par Tocqueville lui-même dans les dernières pages de la Démocratie en Amérique : l’effondrement du libéralisme. En Angleterre le parti libéral est aujourd’hui réduit à la famille d’un vieil homme politique. Dans toute l’Europe, l’étiquette libérale a à peu près disparu du monde parlementaire. Le terme libéralisme appartient au passé »[11]. Les ravages de la dépression de 1929 ont accéléré la diffusion des idéologies du fascisme et celles du collectivisme révolutionnaire. Défenseur du communisme (avant de devenir réactionnaire), Ramiro de Maetzu, dans La crise de l’humanisme,paru en 1919, remet en cause le libéralisme démocratique résultant des vieilles valeurs de l’humanisme européen. Il évoque les avantages d’un changement de régime, économique et culturel, non plus centré sur l’individu, le marché et la liberté mais sur le collectivisme. Jacques Rivière lui-même, en 1919, dans son article, « La décadence de la liberté[12] », paraît céder à cette tentation[13]. Pour nombre d’intellectuels attirés par la Révolution soviétique, le libre-échange ne peut plus rester la norme en matière d’organisation économique du monde. Mais si la critique, voire la condamnation, paraît légitime, en revanche, aucune alternative ne semble crédible. « Le terme libéralisme appartient au passé », comme le déplore Thibaudet mais par quoi le remplacer pour faire une Europe plus juste et plus heureuse ?

L’éloge du libre-échange

Morand écarte d’emblée le communisme, Claudel encore plus. En 1936, dans L’esprit européen, le poète du Quai n’est pas tendre avec les alternatives au capitalisme quand il se prononce sur la crise des systèmes économiques :

De ce malaise international, pareil au pacte qu’institue la maladie entre nos différents organes, l’aspect économique est le plus visible, il n’est peut-être pas le plus important, quoi qu’en dise cette idéologie pour primaires et pour gobe-mouches que l’on appelle le marxisme[14].

Le vocabulaire ne doit pas faire illusion, Claudel est fin et nuancé sur les questions économiques, en témoigne l’éloge de Walter Lippmann dans ce même texte. Lippmann est la référence incontournable concernant le devenir économique du monde. Il publie en 1937 The Good Society. Traduit en français sous le titre, La Cité libre, l’ouvrage aura beaucoup d’impact, il sera à l’origine du colloque Lippmann organisé à Paris en août 1938 par des économistes libéraux.

Quant à Morand, il s’appuie sur son cosmopolitisme littéraire pour relancer en Europe l’idée du libre-échange. Le poème, Espérer, du recueil Lampes à arc, appelle à l’intercommunication des mondes. À la multiplication des « guichets, des parapets, des contrôleurs, des douaniers » issu du traité de Versailles et du nouveau droit international, le poète oppose l’unification culturelle des continents :

À quand un large et continuel don

De tout à tous ?

À quand une grande course pieds nus

Autour du globe ? [15] 

Les vers de Plaque indicatrice, un autre poème de Lampes à arc, se mettent à l’unisson de cette volonté d’ouverture. Dans une séquence étonnante, les vertus intrinsèques du vers libre suggèrent une théorie du libre-échange :

Il ne faut pas mettre les mots en colonne par quatre,

la rime ne doit pas être l’élection des pensées

par des mots riches, nés d’un suffrage censitaire,

elle doit être rare, c’est-à-dire employée rarement.

Tout ce qui a le droit d’aller et de venir

doit aller et venir librement.

Il ne faut déclarer l’état de siège chez personne, ni chez soi[16]

Morand refonde le langage poétique en établissant une équivalence entre la libre circulation et la créativité du vers libre. Il ne faut pas mettre « les mots » mais aussi les nations « en colonne par quatre » comme sur une carte d’État-major. Plaque indicatrice fixe ainsi un cap à l’Europe, tout « doit aller et venir librement. » En diplomate, dégouté de la guerre et de ses massacres, Morand privilégie l’ouverture pour pacifier le monde. La guerre a provoqué la fragmentation des peuples au mépris de ce qui semble au poète un commandement consubstantiel à l’idée d’Europe et, in fine, à l’idée de littérature : « Il ne faut déclarer l’état de siège chez personne. »

L’éloge du libre-échange est également au centre de la poésie de Louis Brauquier. Dans La fondation de Marseille, poème du recueil Et l’au-delà de Suez (1923), le poète cosmopolite chante le commerce international :

Il est temps de réhabiliter le négoce

Et de dire aux marchands que leurs gestes sont beaux,

Et que nous n’usons plus de ces balances fausses

Où l’or des commerçants laisse monter les mots.

Il est beau d’importer du coton, de l’ivoire,

                Du camphre, des coprahs !

Et je veux vous chanter, vous, homme sans histoire,

                Armateur du Rossia.

Comme dans le poème de Morand, l’inspiration poétique se mêle à l’activité économique et financière de l’Europe :

Et le port est gorgé de lumière, et les hommes

                 Échangent au café.

C’est en les écoutant que j’ai songé à Rome,

                 À Mécène, à l’art, c’est

D’avoir rêvé mon nom, dans les banques futures,

                 Sur des chèques inscrit,

Que j’ai senti monter dans mon corps d’aventures

                 L’âme de Médicis[17]

Alors que Morand sollicite la modernité pour valoriser le libre-échange, Brauquier le repense dans une perspective historique. « L’âme de Médicis » réactive cette perspective, elle symbolise le début de la puissance commerciale et financière, celle qui a favorisé les échanges de toutes sortes. Le principe du libre-échange a triomphé au XIXe siècle, âge d’or des relations commerciales. L’idée d’Europe libérale connaît à cette époque un vif succès dans les milieux d’affaires mais aussi chez des économistes comme Frédéric Bastiat ou des intellectuels comme Saint-Simon ou Hugo. Charles Gide et Charles Rist notent dans leur Histoire des doctrines économiques : « au milieu du XIXe siècle, la doctrine d’Adam Smith a fait la conquête de l’Europe… La liberté du commerce international est acceptée comme un dogme intangible par les économistes de tous les pays. En Allemagne, en Angleterre, en France ou en Russie, l’accord est complet entre les autorités scientifiques[18]. » Hugo, de son côté, apporte un supplément d’âme au libre-échange en insistant, dans un célèbre discours, sur le rôle pacificateur du marché[19].

Quelle éthique pour l’Europe ?

L’idée de grand marché

Porteurs de cette dimension historique, les poètes boursiers ne confondent pas le libre-échange avec une forme de capitalisme mondialisé ayant comme seule préoccupation la rentabilité des affaires. Ils veulent lui donner du sens en l’associant à l’idée d’une Europe unie. À la pensée européiste de l’époque, celle de Jules Romains, par exemple, messagère de paix, de droit et de culture, et opposée à la tentation protectionniste et nationaliste, Morand ajoute le facteur économique.

La Bourse comme moyen de reconstruction de l’Europe, c’est l’un des messages de Lewis et Irène, son premier roman qui date de 1924 et que l’on doit considérer comme un roman boursier. Lewis, « artiste bancaire », respire d’une vitalité nouvelle, celle des Années folles, mais c’est une euphorie sans lendemain car sa génération privilégie le jeu et l’individualisme : il « devait cheminer seul, la main sur ses armes, l’œil ouvert, toujours en alerte, dans ces milieux de finance occidentaux où règne la mauvaise foi[20]. » Irène, son amante grecque, apporte une nouvelle raison d’être à la libre entreprise. Elle moralise son capitalisme :

— Tout m’est tourment. Je ne suis pas comme vous sceptique, j’ai un   sens effroyable des responsabilités.

  • MOI- répondit Lewis, – je suis ‘à responsabilité limitée’, et même je n’en accepte aucune, par pessimisme[21].

À Corinthe, Lewis compare les places publiques où l’on débat du cours des raisins à la folle agitation d’un autre temple grec, la Bourse de Paris. Il devient plus réceptif aux principes de responsabilité qu’Irène définit par l’investissement dans l’économie réelle :

Croyez-vous que j’agissais par rapacité ? C’était par besoin d’abord, ensuite pour mon pays, enfin, parce qu’en étant sur terre, j’ai le sentiment de faire partie d’une association humaine, d’une mutualité rigoureuse créée pour la production et l’économie[22].    

D’un coup, l’Occident avancé, que représente Lewis, se ressource aux leçons de la Grèce antique :

Il la sentait en proie à cette probité parfaite, à ce « démon de la probité » dont parlent les Anciens, qui préside à la construction de tout édifice grec et lui permet de durer : sa vie, comme l’antiquité, était pénétrée d’une notion de loi, qui ne l’abandonnait jamais[23].  

Le « démon de la probité » se réfère à Démosthène, à son talent oratoire qui n’a cessé de mettre en valeur une idée de la justice, une action politique marquée par le dédain de l’argent et du profit. Plus largement, Irène réactive, sans le dire, les leçons d’éthique économique de Platon et d’Aristote. Pour les hommes de l’Antiquité, le gain financier, sans lien avec l’économie réelle et le bien commun, exerce un pouvoir destructeur. La légende de Midas, contée par Ovide dans Les Métamorphoses, vulgarise ce jugement moral que retiendra ensuite saint Thomas d’Aquin en disciple d’Aristote. Irène s’y tient car, Grecque, elle a derrière elle « des siècles de négoce, de liberté, d’émigration[24]. » D’ailleurs, les noms des filiales de sa banque, Compagnie des produits chimiques de l’Olympe, Société spartiate d’électricité, traduisent, en un flash classique-moderne amusant, l’universalité des vieilles valeurs des premiers comptoirs méditerranéens.  

Parce qu’ils « dépendent l’un de l’autre comme la loi de l’offre et de la demande[25] », les deux amants finissent par réconcilier l’Europe avec elle-même. Le montage financier des mines de San Lucido, en Sicile, est une ode au continent. Pensé à Paris, négocié en Grèce, signé à la City, il résiste aux tensions géopolitiques. À la fin, la Franco-Africaine, la société de Lewis, et la banque Apostolatos, celle d’Irène, fusionnent dans une société prenant le titre de Omnium Méditerranéen. Symboliquement, les deux Europe, celle du Nord et celle du Sud, celle du progrès technologique et celle de l’héritage classique, sont réunies. Dans la modernisation financière du continent qui s’engage au cours des années vingt autour d’un grand marché, Platon ne reste pas à la porte de l’Europe et la Grèce reprend sa place au centre de l’Occident. Ce roman redonne ainsi à la finance sa mission initiale : la prospérité générale.

De plus, avec la création de la firme Omnium Méditerranéen, le roman impose une fiction entrepreneuriale qui dit en creux que l’idée d’Europe unie passe par un nécessaire projet d’union européenne centré sur la création d’un grand marché. Ce roman doit être mis en relation avec l’action des Cartels, en vue de réaliser ce qu’on a appelé le « Locarno de l’acier », en référence aux accords de Locarno de 1923 qui réconcilient la France et l’Allemagne. Sur ce plan, le Luxembourgeois Emile Mayrisch, soutenu par Briand, joue un rôle considérable. Cet industriel, qui est aussi un grand Européen, fonde en 1926 un cartel destiné à lancer un grand marché européen, l’ARBED (Aciéries Réunies de Burbach-Eich-Dudelange). Mayrisch met au service de la solidarité entre les économies du continent sa vocation d’Européen pour laquelle il est reconnu au sein du cercle de Colpach, lieu de rencontre entre intellectuels européens. Cependant, le projet de cartels est davantage une réaction d’entrepreneurs responsables face à des politiques protectionnistes plutôt qu’un appel à l’Union européenne. Comme le dit Gérard Bossuat, « la formule des cartels comme moyen d’intégrer le marché économique européen est plus une tentative d’industriels désespérés par la segmentation des marchés, que l’expression d’un désir d’unité européenne.[26] » Il faut cependant nuancer un tel jugement. En ces années vingt, les milieux d’affaires européens tâchent de réagir à l’énorme pression du modèle financier américain. Comme l’explique Thierry Grosbois, « tantôt ils adoptent les méthodes managériales américaines, tantôt ils créent des cartels pour se réserver les marchés nationaux en Europe[27]. » Ce qui n’empêche pas la formation d’une sensibilité ouverte à la cause européenne avec des commerçants et des industriels favorables à la libre circulation sur le continent, tels que Louis Loucheur ou Jean Monnet. En outre, des associations privées comme la Commission pour l’étude des questions franco-allemandes créée en 1921 par André-François-Poncet ou le Comité d’action économique et douanière, constitué en France en 1925, militent pour cette même cause. Enfin l’action d’Émile Mayrisch influence les réseaux de la gouvernance mondiale à travers la Chambre de commerce internationale ou le Bureau international du travail. Au final, l’ensemble des libéraux estime que l’entente européenne ne peux exister sans le libre–échangisme par l’union douanière ou la voie contractuelle par la mise en place de cartels.    

Mais face à la réalité des conflits et des divisions entre Européens, que pèse l’idée d’un grand marché ? En ce sens, les résultats du Comité économique de la SDN, sous l’influence de la proposition de « lien fédéral » soutenue par Briand en 1929 à la SDN, peuvent paraître marginaux pourtant ils finiront par s’imposer. Quand on a lu la poésie de Morand, le rapport du comité énonce une vérité qui relève de l’évidence : « L’Europe est victime de son fractionnement territorial, de ses politiques non coordonnées par le nationalisme économique[28]. » Dans L’idée d’Europe au XXe siècle, Élisabeth du Réau nous apprend que le grand marché européen, légitimé par la libre circulation des personnes, des biens, des capitaux et des services, « est bien un acquis des années vingt.[29] » À un moment où les écrivains ne pensent qu’à l’Europe, les origines poétiques de ce grand marché ne sont donc pas à exclure. L’intérêt des poètes boursiers est qu’ils ont en quelque sorte dicté une éthique aux futures institutions de la gouvernance économique, une éthique sous l’angle de la complémentarité entre les économies, en vue d’une solidarité accrue entre les peuples européens.

« La culture n’est pas une marchandise comme les autres »

En outre, la poésie boursière fait réfléchir à la valeur des œuvres de l’esprit par rapport aux valeurs bancaires et commerciales. Claudel introduit ce débat au cours de son commentaire sur la peinture hollandaise :

Qu’il s’agisse du langage de la banque ou de la peinture, la valeur indique sous les accidents particuliers la qualité générale abstraite qui s’attache en telle ou telle proportion à tel ou tel objet déterminé. Sur les balances du commerce, il s’agit d’un poids en métal pur ; sur celle plus délicates de l’art, il s’agit des rapports infiniment tendres et gradués, qualifiés ou non par la couleur, que l’ombre entretient avec la lumière, une espèce de titre lumineux[30]

L’art comme « titre lumineux », c’est avec cette valeur qu’il peut s’insérer dans le circuit global du commerce et de la finance, mais avec un caractère de transcendance. Pour comprendre cette valeur attribuée à l’art, il faut la replacer dans une historicité qui associe le dynamisme commercial à l’échange culturel entre les nations. La contribution de Victor Hugo est une étape importante. Quand le poète évoque les relations entre les USA et la future Union européenne, la production culturelle est intégrée à un marché mondial :  

Un jour viendra où l’on verra ces deux groupes immenses, les États-Unis d’Amérique, les États-Unis d’Europe, placés en face l’un de l’autre, se tendant la main par-dessus les mers, échangeant leurs produits, leur commerce, leur industrie, leurs arts, leurs génies, défrichant le globe, colonisant les déserts, améliorant la création sous le regard du créateur[31]

En 1922, Valery renouvelle ce registre en comparant l’Europe à une « usine intellectuelle » :

Notre Europe, qui commence par un marché méditerranéen, devient ainsi une vaste usine ; usine au sens propre, machine à transformations, mais encore usine intellectuelle incomparable.

L’image désigne un processus d’ouverture sélective. L’Europe s’approprie les nouveautés de l’étranger mais rejette ce qui pourrait déstabiliser son patrimoine intellectuel et artistique :

Cette usine intellectuelle reçoit de toutes parts toutes les choses de l’esprit ; elle les distribue à ses innombrables organes. Les uns saisissent tout ce qui est nouveauté avec espoir, avec avidité, en exagérant la valeur ; les autres résistent, opposent à l’invasion des nouveautés l’éclat et la solidité des richesses déjà constituées[32].

Après la transaction, la division du travail opère pour aboutir à une modernité tempérée sans heurts entre les cultures.

Dans certains textes, Morand est sur la même longueur d’onde avec des images empruntées à l’histoire des accords ou des désaccords économiques entre les nations. Il s’inspire notamment du vieux droit d’aubaine décrit par Benjamin Constant. L’économiste romantique fustige le droit d’aubaine, ce droit, sorte d’impôt déguisé, dépossédait les étrangers de leur fortune au profit de la royauté française. Adepte du libre-échange, Constant en fait un symbole de l’économie européenne fermée :

Il y a peu de questions sur lesquelles les gouvernements déraisonnent autant que sur la réciprocité. Cet argument leur sert constamment à maintenir des lois, dont ils ne peuvent contester les conséquences funestes. Le droit d’aubaine en est une preuve. Parce que nos voisins ont fait une loi qui empêche nos concitoyens de s’établir parmi eux, nous faisons vite une loi pour empêcher nos voisins de s’établir parmi nous. Belle vengeance ! Si au contraire nous n’avions pas la sottise d’imiter leur exemple, nous profiterions de leur mauvaise loi ; car nos concitoyens, repoussés de chez eux, nous resteraient avec leur richesse, et nous profiterions encore de n’avoir pas fait une loi pareille, parce que nos voisins, accueillis par nous, nous apporteraient librement leur industrie et leurs capitaux[33].

Morand transpose ce principe de bienveillance économique aux frontières à l’égard des étrangers en système d’ouverture culturelle dans son article justement intitulé « droit d’aubaine ».  « Ayez une politique d’immigration, ayez le visa de passeport difficile et les étrangers sortiront de notre littérature[34] », l’écrivain imite ainsi le ton de l’essai polémique avant de conclure :

Les rois de France tiraient jadis d’importants revenus de tous les étrangers ou « aubains » qui passaient ou demeuraient à portée de leur juridiction : à leur exemple, ne faut-il pas profiter en littérature du droit d’aubaine ?[35]

Rétabli ironiquement dans la sphère littéraire, le droit d’aubaine devient une opportunité de brassage culturel. La taxe se change en bénéfice qui enrichit la littérature française en estompant les frontières entre les cultures nationales.

Le parallèle économique se poursuit lorsque l’écrivain traite, par exemple, des relations entre la France et l’Amérique du Sud :

La France qui, en dépit de ses grandes exportations de capitaux, a fort peu participé à l’équipement économique de l’Amérique du Sud, ne s’est pas davantage intéressée à l’équipement intellectuel de ces pays et les a trop souvent étudiés sans entrain[36].

De même, dans le roman, Bouddha vivant (1927), la connaissance des cultures étrangères en Occident est adossée à l’expansion économique mondiale : « À côté de l’Occident qui commerce, l’Occident qui apprend. L’un n’égale-t-il pas l’autre ? [37]»

À quoi tient une telle persistance de la métaphore économique dans les rapports culturels entre nations ? Peut-être est-ce une façon particulière d’annoncer ce que dira Jacques Delors en 1993 face au partenaire américain lors du renouvellement des accords de libre-échange (General Agreement on Tarifs and Trade, accord général sur les tarifs douaniers et le commerce) : « la culture n’est pas une marchandise comme les autres. » On a souvent mal interprété cette phrase, même si elle est devenue un mantra des programmes culturels de l’UE portés par la France. Certes, on l’a comprise positivement comme une tentative d’exclure la culture d’un circuit marchand qui venait d’être libéralisé mais on la recevait aussi comme une manière de reconnaître la culture telle une marchandise. En réalité, le Président de la Commission des communautés européennes définissait bel et bien l’Europe de la culture en dehors du circuit marchand mais aussi, probablement, en référence à « l’usine intellectuelle » de Valéry. Et s’il fallait revenir au « droit d’aubaine » dans l’échange des biens culturels, c’était pour la bonne cause avec l’idée spécifiquement européenne que la culture relève de l’économie spirituelle.

Ce régime d’exception repose sur une autre spécificité européenne attribuant à la poésie le pouvoir de rapprocher les peuples, surtout quand cette dernière est repensée selon le modèle du libre-échange. En tant que passeur de culture, Morand tente l’expérience aux USA mais il est conscient du contentieux entre l’Europe et l’Amérique sur le commerce des « œuvres de l’esprit ». Ses articles pour la revue moderniste de Chicago, The Dial, tiennent compte de cette opposition :

Des colloques se tiennent afin de savoir s’il est légitime d’exploiter les œuvres de l’esprit comme on exploite les produits du commerce ; ce qui, aux États-Unis, ferait sourire[38].

L’idée de l’exception culturelle ne date pas d’hier et la petite phrase de Jacques Delors a de lointaines origines. En même temps, Morand n’est pas dupe, il sait que la culture en Amérique est aussi une entreprise de démocratisation. Dans ses articles pour The Dial, il tente d’établir un consensus autour d’une vision universelle de la culture, vision éthique dérivé de ses propres réflexions sur la poésie boursière.

On le voit, la poésie boursière est riche d’enseignement en cette première partie du XXe siècle. Elle rappelle d’abord l’importance du libre-échange. Quand l’Europe s’en éloigne, et le monde avec elle, la prospérité n’est plus qu’un mirage. Ce principe vital, au centre de l’agencement économique du monde, vaut pour toutes les époques. Faut-il considérer pour autant que l’Europe se définit par son capitalisme, son esprit libéral, son système boursier et sa volonté de mondialiser les échanges ? Dans sa définition de l’Europe en 1925, Albert Thibaudet apportait une réponse qui reste encore vraie, en dépit de tout ce qu’on a pu écrire, jusqu’à aujourd’hui, sur le capitalisme et l’économie de marché :  

En même temps que l’Europe, au XIXe siècle, assumait de manière vertigineuse le genre de vie démocratique, elle inventait et adoptait l’économie capitaliste. Le système capitaliste n’a presque pas d’analogue dans l’Histoire, et aujourd’hui nous ne voyons pas plus de probabilité qu’il accompagne indéfiniment le progrès humain que nous ne voyons de possibilité à ce que le progrès humain puisse se passer de lui. Non moins paradoxal est le contraste entre la manières habituelle et nécessaire dont l’Européen vit dans l’atmosphère, dans les conditions capitalistes et la difficulté extraordinaire qu’il éprouve à penser le capitalisme[39]. La poésie boursière que nous avons analysée est bien placée pour « penser le capitalisme », d’un point de vue anthropologique elle révèle ce qu’il y a de caché dans l’activité économique. Comme l’écrit Mac Orlan, qui cherche à définir « le haut lyrisme de l’argent et du négoce », « on ne peut guère concevoir la signification de l’activité humaine sans reconnaître cette extraordinaire chanson de l’or.[40] »


[1]    Paul Claudel, L’échange (1901), première version, Folio/Gallimard, édition de Michel Lioure, p.52.

[2]    Filles d’amour et ports d’Europe, Gallimard, 1950, p. 299.

[3]    La liberté de l’Esprit (1939), Œuvre II, édition de la Pléiade, édition établie par Jean Hytier, NRF/Gallimard, 1960, p.1084.

[4]    Charles-Albert Cingria, Entretiens, 1945. Ce passage est cité par Julien Knebusch, Poésie planétaire, Presses Sorbonne nouvelle, 2012. Les pages relatives à la poésie capitaliste (p.44-47) sont à considérer comme des pages pionnières concernant le lien entre poésie et économie. 

[5]    L’œil écoute, Introduction à la peinture hollandaise, (1934), Œuvres en prose, préface par Gaëtan Picon, édition établie et annotée par Jacques Petit et Charles Galpérine, NRF/ Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade,p.172.

[6]    L’idée d’Europe, discours prononcé d’abord en 1916 en Norvège et en Suède puis en Suisse en 1917. Traduction de 2010 in Œuvres en prose, Livre de poche, La pochothèque, préface de Jean-Yves Masson. Traductions et notices de Jean-Louis Bandet, Pierre Cimaz, Audrey Giboux, E. Hermann, Yves Iehl, Jean-Yves Masson, Édouard Sans, Paris, 2010, p.717.

[7]    Note (ou l’Européen), Œuvres I, édition établie et annotée par Jean Hytier, Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, 1957, p.1005-1006.

[8]    Feuilles de température (1920), Poèmes, Poésie/ Gallimard, édition de Michel Décaudin, 1973, p.62-63.

[9]    L’Argent, « inspiré du roman d’Emile Zola » comme dit l’affiche, sortit sur les écrans le 25 décembre 1928 avec Pierre Alcover et Brigitte Helm, l’actrice de Metropolis.

[10] New York, récit documentaire de 1930, édition de Bernard Raffalli, Robert Laffont, Bouquins, 2001, p.236-237.

[11] « Le politique et le philosophe. Tocqueville et Gobineau », La Nouvelle revue française, 1er février 1934. Article repris dans Réflexions sur la politique, édition établie par Antoine Compagnon, Robert Laffont, 2007, p. 524-525.  

[12] La NRF, septembre 1919.

[13] Sur cette question, cf. l’article de Valery Larbaud qui commente à la fois l’ouvrage de Ramiro de Maetzu et l’article de Rivière. Larbaud s’oppose à cette « crise de l’humanisme » en vertu de l’individualisme libéral, consubstantiel, selon lui, à la vie européenne : dès la fin du conflit, chacun « s’est hâté de rentrer en possession de sa part de liberté, de son droit d’être seul, et de se développer comme il l’entend ; chacun retournant, dans la mesure de ses capacités, à l’idéal ‘humaniste.’ » « La crise de l’humanisme », article paru dans The Anglo-French Review, n°3, octobre 1920. Le texte est republié dans Le cahier de l’Herne dirigé par Anne Chevalier, p.219 pour la citation.

[14] « L’esprit européen », 1936, Œuvres en prose, préface par Gaëtan Picon, édition établie et annotée par Jacques Petit et Charles Galpérine, NRF/ Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1965, p.1311.

[15]   Espérer, du recueil Lampes à arc (1919), Poèmes, op.cit., p.54.

[16]   Plaque indicatrice, ibid., p.56.

[17] La fondation de Marseille, du recueil Et l’au-delà de Suez, réédition dans les Poésies complètes, Je connais des îles lointaines, La Table Ronde (la petite vermillon), 2000, p.48-49.

[18] Charles Gide et Charles Rist. Histoire des doctrines économiques, depuis les Physiocrates jusqu’à nos jours, 1909, cité par J.B. Duroselle, L’idée d’Europe dans l’histoire, Denoël, 1965, p.222.

[19]   Victor Hugo incarne l’élan romantique de l’union européenne, au temps de l’âge d’or du libre-échange : « Un jour viendra où il n’y aura plus d’autres champs de bataille que les marchés s’ouvrant au commerce et les esprits s’ouvrant aux idées. » Congrès de la Paix, discours d’ouverture du 21 août 1849.

[20] Lewis et Irène, Romans, édition publiée sous la direction de Michel Collomb. Avec la collaboration de Marc Dambre, Catherine Douzou, Vincent Giroud, Jacques Lecarme, Daniel-Henri Pageaux et Christian Petr Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, Paris, 2005, p.79.

[21] Ibid., p.72.

[22] Ibid., p.73.

[23] Ibid., p.73.

[24] Ibid., p.83.

[25] Ibid., p.62.

[26] La France et la construction de l’unité européenne de 1919 à nos jours, Armand Colin, 2012, p. 47.

[27] Dictionnaire de l’Europe unie, André Versaille éditeur, 2009, p.609.

[28] Cité par Élisabeth du Réau dans L’idée d’Europe au XX e siècle. Des mythes aux réalités, Editions complexe, 2008, p.120.

[29] Ibid., p.120.

[30] Introduction à la peinture hollandaise, op.cit., p.172.

[31] Cité par J.B. Duroselle, L’idée d’Europe dans l’histoire, op.cit., p.219.

[32] Note (ou L’Européen), 1922, in Variété, Essais quasi politique, op.cit., p. 1006.

[33] Principes de politique, 1810, Hachette littérature, 1997, préface de Tzvetan Todorov, p.249-250.

[34] « Droit d’aubaine », chronique extraite du recueil Papiers d’identité, Grasset, 1931, p.201.

[35] Ibid., p.203.

[36] « L’Amérique du Sud et nous », Réflexes et réflexions, Grasset, 1939, p.152-153.

[37] Bouddha vivant, Romans, op.cit., p.164.

[38] Lettres de Paris, chroniques pour la revue de Chicago, The Dial, traduites par Bernard Delvaille, Arléa, 1996, p.59-60.

[39] « Pour une définition de l’Europe », Revue de Genève, septembre 1925, Réflexions sur la politique, édition d’Antoine Compagnon, Robert Laffont, 2007, p.600.

[40] Filles d’amour et ports d’Europe, op.cit., p. 305. 

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