discours d’accueil aux Universités d’été libérales d’Aix-en-Provence, 23-25 juillet 2026, https://ies-europe.org/fr/event/universite-dete-2026/

Votre Altesse, Mesdames et messieurs, chers collègues, chers étudiants, chers amis, bienvenue à cette nouvelle édition de l’Université d’été. Nous ne comptons plus le nombre d’éditions mais il est peut-être bon de rappeler que la première s’est tenue en 1978. Il y a près de 50 ans qu’un groupe d’intellectuels se retrouve régulièrement à Aix-en-Provence pour, dans la chaleur estivale, affiner leurs arguments en faveur de la liberté. Depuis lors, ce rassemblement a connu plusieurs mutations.

La première porte sur l’objet des débats. Au départ, celui-ci portait presque exclusivement sur les questions de politique économique. Il s’agissait d’affûter les arguments libéraux opposables au keynésianisme et au marxisme, à l’époque très largement dominants. Pour cela, notre groupe des « nouveaux économistes » s’appuyait largement sur les thèses de leurs collègues de Chicago : Stigler, Friedman, Becker, Coase… Une première mutation consista à enrichir les débats en y incluant les thèses de l’école dite autrichienne : les Hayek, Mises, Rothbard et autre Kirzner, ce dernier ayant participé à plusieurs reprises à ces Universités d’été.

Une deuxième mutation a consisté à élargir le champ des réflexions au-delà de la science économique. Pour expliquer le libéralisme, nous avons donc convoqué la philosophie politique, le droit, l’histoire. Il est essentiel de revenir à l’unité des sciences humaines. Et c’est ainsi que philosophes, historiens, juristes, sociologues nous ont rejoints.

En même temps que s’opérait cette seconde mutation, une troisième s’amorçait, consistant à inviter des collègues de toute l’Europe – et bien entendu des Amériques – à nos réflexions. La création d’IES-Europe en 1989 a largement contribué à cette ouverture enrichissante. Ainsi, au fil des années, nos discussions sur les fondements du libéralisme et les conditions de sa mise en oeuvre ont gagné en acuité.

Ces années ont aussi vu la naissance de nombreux think tanks dédiés à la diffusion de la pensée classique libérale. En France, nous pensons bien entendu à l’IREF, co-organisateur de cet événement mais aussi à l’Institut Molinari ou à notre partenaire cette année, Génération Libre, dont la présidente, Nathalie Janson, a assisté au tout premier séminaire IES-Europe en 1989 ! Nous pensons aussi à notre partenaire canadien – l’Institut Économique de Montréal – ou encore à nos amis italiens de l’Institut Bruno Leoni, nos amis slovaques de l’INESS ou nos amis espagnols de l’Institut Juan de Mariana… Nous avons donc parcouru un long chemin, depuis 1978, pour faire mieux connaître et apprécier la pensée libérale.

Et pourtant… En bien des lieux, bien des régions, bien des pays, les idées libérales ne décollent pas ! Ou, pour filer la métaphore de l’avion, ont du mal à prendre de la hauteur au sens où elles peinent à rallier un nombre suffisant de soutiens défendant la vision d’une démocratie libérale fondée sur l’individualisme, c’est-à-dire une société d’individus libres et responsables.

C’est pourquoi nous avons décidé d’amorcer une nouvelle mutation ! Nous devons faire encore mieux. Nous devons bien entendu continuer de nous adresser à la raison de nos concitoyens. La pensée libérale est une pensée des Lumières – écossaises au premier chef. Mais nous devons aussi communiquer, partager notre vision différemment. Nous devons mettre le doigt sur ce qui fait que le libéralisme ne prend pas son envol. Nous devons redonner au libéralisme des ailes puissantes !

Comment faire ? Je n’ai pas forcément la réponse. En tant que libéraux, nous savons que le savoir est dispersé, surtout dans des sociétés avancées. Alors comment faire le meilleur usage de cette connaissance dispersée ? C’est là qu’intervient cette édition 2026 de l’Université d’été. En choisissant pour thème directeur : « Arts et Liberté : Comment peuvent-ils se renforcer mutuellement », nous avons voulu créer une plateforme sur laquelle des personnes qui évoluent souvent dans des univers séparés pourraient se rencontrer, échanger. C’est pourquoi, contrairement à nos habitudes, nous trouvons sur le programme de ces universités, non seulement des personnes venues du monde académique, de la recherche ou des think tanks, mais aussi des artistes de différents horizons : musiciens, danseurs, réalisateurs, auteurs…

En opérant cette nouvelle mutation nous désirons rendre le message libéral plus accessible, en rappelant qu’il s’agit d’un message de raison, de paix et de prospérité. Je tiens donc à remercier toutes celles et tous ceux qui ont – et je dois dire, avec enthousiasme – accepté de venir partager et débattre pendant ces deux jours, y compris partager leurs talents artistiques. Deux jours ne suffiront sans doute pas à transformer totalement notre façon de communiquer, d’expliquer, d’écouter. Mais si nous parvenons à faire quelques progrès dans cette direction, cela démultipliera nos chances de voir fleurir aux quatre coins de l’Europe et du monde, une société ouverte de coopération et de respect mutuel. Cela nous donnera aussi les pistes à poursuivre dans les mois et les années à venir.

Nous avons donc une jolie tâche à accomplir durant ces deux jours. Et c’est la participation de chacun d’entre vous, en tant qu’intervenants ou en tant que participants – et je salue au passage tous les jeunes qui sont ici car nous avons particulièrement besoin de comprendre ce qui les touche et comment les toucher- c’est donc grâce à l’apport que chacun de vous pourra faire que nous avancerons. Merci donc à vous tous d’avoir fait l’effort de vous joindre cette aventure que nous croyons très prometteuse.

Et merci aux lecteurs du Journal des Libertés qui auront la curiosité de découvrir quelques-uns des produits de nos échanges aixois, tout au long de ce numéro d’automne 2026.

About Author

Pierre Garello

Pierre Garello occupe le poste de professeur des universités en économie à Aix-Marseille Université en France. En plus de son rôle académique, il est le coordinateur du Master européen en droit et économie, directeur du cours Erasmus Mundus pour l'Institut de recherche sur les questions économiques et fiscales (IREF) et président de l'Institut d'études économiques-Europe. Il a été directeur du Centre d'analyse économique de 2001 à 2003[1] à l'université d'Aix-en-Provence. Il est également rédacteur en chef du JEEH (Journal des économistes et des Études Humaines), une revue scientifique interdisciplinaire. Il occupe le poste de directeur des recherches de l'IREF (Institut de Recherches Économiques et Fiscales) et dirige l'Institute for Economic Studies - Europe. Il est le fils de l'économiste libéral Jacques Garello.

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